‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 192 sur 298 · MOUVEMENTS AUDACIEUX DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS AUDACIEUX DU PARLEMENT

force à lui parler sur le parlement. — Duc de La Force pressé contre le parlement par Law, espère par là «l'entrer au conseil de régence. — Mesures du parlement pour faire prendre et pendre Law secrèieracnt, en trois heures de temps. — Le végrnt envoie le duc de La Force et Fagon conférer avec moi et Law. — Frayeur extrême et raisonnable de Law. — Je lui conseille de se retirer au Palais-Royal, et pourquoi. — Il s'y retire le jour même. — Je propose un lit de justice au Tuileries , et pourciuoi là. — Plan pris dans cette conférence. — Abbé Dubois vacillant et tout changé.

Il y avoit déjà du temps qu'on se plaignoit dans les fermes générales de beaucoup de faux sauniers ; les précautions y furent peu utiles ; on vit de ces gens-là paroître en troupes et armés. Ce désordre ne fit que s'aug» menter. Il y eut un vrai combat dans la forêt de Chantilly entre eux, des archers et des Suisses postés des garnisons voisines sur leur marche qu'on avoit éventée, et les faux sauniers furent battus, leur sel pris et leurs prisonniers branchés, mais beaucoup de Suisses et d'archers tués. Les exécutions ne firent qu'en accroître le nombre, les aguerrir, les discipliner; en sorte que, ne faisant d'ailleurs de mal à personne, ils étoient favorisés et avertis partout. La chose alla si loin que des personnes principales furent plus que soupçonnées de les soutenir et de les encourager, pour s'en faire des troupes dans le besoin. Le comté d'Eu en fourmilloit et en répandoit un grand nombre.

Le parlement, avec les secours qu'il se promettoit de M. et de Mme du Maine, de ce qui s'appeloit la noblesse, des maréchaux Villeroy, de Tessé , d'Huxelles , du dépit et des respects du duc de Noailles , et de ce qui se brassoit en Bretagne , n'étoit occupé qu'à faire contre au régent, à établir son autorité sur les ruines de la sienne , à l'ombre de sa foiblesse et de la trahison d'Effiat, de Besons et de ceux qui avoient sa confiance sur les choses qui regardoient le parlement. Dans cette vue et de faire les pères du peuple, comme l'affectent tous ceux qui pour leurs intérêts particuliers veulent brouiller et troubler l'État, [ils] mandèrent Trudaine, prévôt des marchands et conseiller d'État, à leur venir rendre compte de l'état des rentes de l'hôtel de ville, lequel prétendit qu'elles n'avoient jamais été si bien payées , et qu'il n'y avoit aucun lieu de s'en plaindre. De là, ils s'en prirent à un édit rendu depuis peu sur la monnoie. 11 fut proposé d'envoyer les gens du roi représenter au régent qu'il étoit très-préjudiciable au royaume; mais, pour avoir l'air plus mesuré, ils députèrent des commissaires à l'examen de l'édit. La cour prétendoit, qu'ayant été enregistré à la cour des monnoies , le parlement n'avoit pas droit de s'en mêler. Dans une nouvelle assemblée du parlement, il suivit les errements qu'il avoit pris dans la dernière régence et qui eurent de si grandes suites. Il résolut de demander à la chambre des comptes , à la cour des aides et à celle des monnoies, leur adjonction au parlement sur cette affaire pour des remontrances communes, et manda les six corps des marchands' , et six banquiers principaux pour leur faire représenter le préjudice que ce nouvel édit apportoit à leurs intérêts et en général au

A . Les six corps des marchands de Paris se composaient dea drapiers, épiciers, merciers, bonnetiers, pelletiers et orfèvres.

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