MOUVEMENTS AUDACIEUX
commerce. J'abrège et abrégerai tous ces manèges , parce que si je voulois entrer dans tous ceux qui furent pratiqués au parlement et dans les intérêts et les intrigues de tant de conducteurs de toutes ces pratiques, il faudroit en écrire un volume à part, et qui seroit fort gros.
Les six banquiers et les députés des six corps des marcliands comparurent à la grand'chambre , qui leur demanda des mémoires. Ils répondirent que l'affaire étoit assez importante pour en communiquer encore entre eux, et qu'ils les apporteroient le lendemain. Les six banquiers particuliers et affidés avoient les leurs tout prêts qu'ils présentèrent; mais il leur fut répondu d'attendre au lendemain à les fournir avec lei marchands. Ce lendemain qui fut le mercredi 15 juin, les uns et \et autres apportèrent leurs mémoires , mais la lecture en fut remise au vendredi suivant, pour en conférer avec les autres cours, si elles se joignoient au parlement. La chambre des comptes avoit répondu qu'elle ne pouvoit rien sans avoir assemblé les deux semestres, et avoir su si ces démarches seroient agréables au régent ; la cour des aides , qu'elle avoit été assemblée tout le matin sans avoir pu prendre de résolution ; que ce seroit pour le vendredi, et qu'elle enverroit en attendant à M. le duc d'Orléans; celle des monnoies, qu'elle avoit reçu une lettre de cachet pour ne se point trouver au parlement. Le vendredi 17 , le parlement s'assembla le matin etl'après-dînée, puis députa au régent pour lui demander la suspension de l'édit du changement des monnoies , qu'on y fasse les changements dont le parlement sera d'avis , et qu'il lui soit envoyé ensuite pour y être enregistré. La cour des aides s'excusa de la jonction , et n'y voulut pas entendre ; la chambre des comptes l'imita incontinent après , dont le parlement fut fort fâché. Il le fut aussi de ce que les six corps des marcliands ne se plaignirent point de l'édit. Il n'eut donc que les six banquiers pratiqués, qui se plaignirent du ton qui leur fut inspiré. Le lendemain samedi , le parlement s'assembla encore le matin et l'apres-dînée. Il envoya les gens du roi dire au régent qu'il ne se sépareroit point qu'il n'eût eu sa réponse. Elle fut que Son Altesse Royale étoit fort lasse des tracasseries du parlement; il pouvoit employer un autre terme plus juste ; qu'il avoit ordonné à toutes les troupes de la maison du roi qui sont à Paris et autour , de se tenir prêtes à marcher , et qu'il falloit que le roi fût obéi. L'ordre en effet en fut donné , et de se pourvoir de poudre et de balles. Le lendemain dimanche , le premier président , accompagné de tous les présidents à mortier et de plusieurs conseillers, fut au Palais-Royal. Il étoit l'homme de M. et de Mme du Maine , et le moteur des troubles ; mais il y vouloit aussi pêcher , se tenir bien avec le régent , pour en tirer et se rendre nécessaire , conserver eu même temps crédit sur sa compagnie pour la faire agir à son gré. Son discours commença donc par force louanges et flatteries pour préparer à trois belles demandes qu'il fit : première , que l'édit des monnoies fût envoyé au parlement pour l'examiner, y faire les changements qu'il croiroit y devoir apporter et après l'enregistrer; seconde, que le roi eût égard à leurs remontrances dans une atl'aire de cette conséquence , et que le parlement croit fort préjudiciable a l'État; troisième, qu'on suspendit à la monaoie le travail qu'où y faisoit pour la conversion des