MENUS PLAISIRS DU ROI
M. de Troyes et le marquis d'Effiat s'en abstinrent , parce que les conseillers d'État qui avoient examiné l'affaire dans un bureau exprès vinrent à ce conseil pour y oj)iner , lesquels , suivant leur moderpe prétention, et la foiblesse du régent, n'y cédoient qu'aux ducs et aux officiers de la couronne.
Parmi tous ces mouvements du parlement et ceux de Bretagne, M. le duc d'Orléans rétablit au roi devenu plus grand les cinq mille livres par mois, qui lui avoient été retranchées depuis quelque temps, en sorte qu'il eut comme auparavant dix mille livres par mois pour ses menus plaisirs et aumônes , à quoi le bas étage de son service , qui en tiroit par-ci par-là, fut fort sensible.
Trudaine, conseiller d'État et prévôt des marchands, alla mandé chez le premier président le jeudi 4 août, pour y rendre compte de l'état de l'hôtel de ville aux commissaires du parlement, qui y étoient assemblés. Échoués sur l'affaire des monnoies , ils cherchèrent à ressasser les rentes pour s'attacher les rentiers et s'en servir s'ils pouvoient, comme ils firent dans la dernière minorité, à commencer des troubles et à usurper l'autorité. La Bretagne de concert marchoit du même pied et préparoit de nouvelles brouilleries.
Ce fut dans ces circonstances que l'abbé Dubois revint de Londres après y avoir achevé ce qu'on a ci-devant vu sur les affaires étrangères. En même temps, Saint-Nectaire, maréchal de camp, qui avoit quitté le service quelques campagnes avant la fin de la dernière guerre , fut fait seul lieutenant général. C'étoit un très-bon officier général et de beaucoup d'esprit et d'intrigue, qui faisoit fort sa cour à qui pouvoit l'avancer, et qui avec tous les autres avoit un air de philosophe et de censeur. Il avoit toujours été fort du grand monde et de la meilleure compagnie. Ceux qu'il fréquentoit le plus étoient La Feuillade , M. de Liancourt, les ducs de La Rochefoucauld et de Villeroy. Mais à la fin ils l'avoient démêlé et écarté. C'étoit un homme à qui personne, avec raison , ne vouloit se fier. Cette promotion , d'abord secrète , ne réussit pas dans le monde lorsqu'elle y fut sue. Mais Saint-Nectaire n'en étoit plus à son approbation , et comme que ce pût être vouloit cheminer.
M. le duc d'Orléans n'alla point à la procession de l'Assomption, comme il l'avoit fait l'année précédente. Il consentit enfin à la profession de Mlle sa fille. Le cardinal reçut ses vœux en l'abbaye de Chelles dans la fin d'août. Madame, ni M. [le duc], ni Mme la duchesse d'Orléans n'y furent , ni aucun prince ni princesse du sang. Il n'y eut môme que trèspeu de personnes du Palais-Royal qui s'y trouvèrent et quelques autres dames. Mme la duchesse d'Orléans alla passer quelque temps à Saint- Cloud , où Madame demeuroit six mois tous les étés.
Le parlement s'assembla le 11 et le 12 août, et rendit enfin tout son venin par l'arrêt célèbre dont voici le prononcé : a. La cour ordonne que les ordonnances et édits, portant création d'offices de finances et lettres patentes concernant la banque registrées en la cour, seront exécutés. Ce faisant, que la Banque demeurera réduite aux termes et aux opérations portées par les lettres des 2 et 20 mai 1716; et en conséquence, fait défenses de garder ni de retenir directement ni indirectement aucuns de-