‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 202 sur 298 · IL PROPOSE UN LIT DE JUSTICE · texte numérisé non relu

IL PROPOSE UN LIT DE JUSTICE

sation des arrêts du parlement. Mais , tandis que les raisonnements se poussoient , je les arrêtai tout court par une réflexion qui me vint dans l'esprit; je leur représentai que le duc du Maine, moteur si principal des entreprises du parlement , et le maréchal de Villeroy d'autant plus lié avec lui là-dessus qu'il s'en cachoit plus soigneusement, ne voudroient jamais d'un lit de justice si contraire à leurs vues , à leurs menées, à leurs projets; que pour le rompre ils allégueroient la chaleur qui en effet étoit extrême, la crainte de la foule, de la fatigue, du mauvais air; qu'ils prendroient le ton pathétique sur la santé du roi trèspropre à embarrasser le régent; que, s'il persistoit à le vouloir, ils protesteroieut contre ce qui en pouvoit arriver au roi, déclareroient peut-être que, pour n'y point participer, ils ne l'y accompagneroient pas ; que le roi , préparé par eux , s'effaroucheroit peut-être et ne voudroit pas aller au parlement sans eux ; alors tout tomberoit , et l'impuissance du régent si nettement manifestée pouvoit conduire bien loin et bien rapidement; que, si le lit de justice n'étoit que disputé, ces deux hommes auroient encore à faire débiter et répandre à la suite de toutes les artificieuses précautions nouvellement prises pour la conservation du roi avec une affection si marquée , qu'entre le roi et Law le régent balançoit d'autant moins qu'un lit de justice dans une saison si dangereuse étoit un moyen simple et doux à tenter , qui avoit flatté le régent et qui lui en pouvoit épargner de plus difficiles. Ces réflexions arrêtèrent tout court , mais j'en montrai aussitôt après le remède , par la proposition que je fis de tenir le lit de justice aux Tuileries, Par cet expédient, nulle nécessité d'avertir personne que le matin même qu'il se tiendroit, et par ce secret chacun hors de mesure et de garde ; nul prétexte par rapport au roi, et toute liberté, soit par rapport au peuple, soit par rapport à la force dont on pourroit avoir besoin , laquelle seroit plus crainte et plus sûre , sans sortir de chez le roi qu'au palais. Ce fut à quoi nous nous arrêtâmes , et Law parti , je dictai un mémoire à Fagon de tout ce que j'estimois nécessaire tant pour conduire ce dessein avec secret , que pour en assurer l'exécution , et en prévenir tous les obstacles. Sur les neuf heures du soir nous eûmes fait ; je lui conseillai de le porter à l'abbé Dubois , revenu d'Angleterre avec un crédit nouveau sur l'esprit de son maître. J'avois su par Law, avant cette conférence, ce que j'ai expliqué ci-dessus des sentiments de cet abbé et du garde des sceaux , et de leur résolution de presser le régent de se tirer de page. Dans la visite que Dubois me rendit le surlendemain de son arrivée . où il me rendit poliment compte de sa négociation en homme qui ne demande pas mieux pour s'attirer des applaudissements, nous traitâmes après la matière du parlement. Il m'y avoit paru dans de bons sentiments. C'étoit un personnage duquel on ne pouvoit espérer de se passer dans sa situation présente auprès du régent , et nous comptions de nous en servir pour achever de déterminer son maître. Tel fut le plan du vendredi 19 août, qui fut le premier jour que j'entendis pour la pre- I ffli mière fois parler sérieusement que le régent , enfin alarmé , vouloit faire | lf[ quelque chose pour se tirer des pattes de la cabale et de celles du parle

ment. Il faut remarquer que depuis le 12 août , jour de son arrêt célèbre, j !!'

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