‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 201 sur 298 · DUC DE LA FORCE CONTRE LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

DUC DE LA FORCE CONTRE LE PARLEMENT

que lui pour leurs intérêts personnels de pousser le régent , mais qui ne le lui disoient pas , et encore moic^ leurs démarches là-dessus , que je sus par Law , presque aussitôt que le régent m'eût parlé , comme je viens de le raconter. L'arrêt du p-arlement que j'ai transcrit n'avoit point été publié. Il transpira, il fut suivi de cette commission de recherclie par les gens du roi , et ce fut le coup qui précipita les choses , et qui acheva de déterminer le régent. On sut que le parlement, en défiance du procureur général, avoit nommé d'autres commissaires en sou lieu, pour informer d'office ; qu'on y inslrumentoit très-secrètement: qu'il y avoit déjà beaucoup de témoins ouïs de la sorte : que tout s'y mettoit trèssourdement en état d'envoyer un matin quérir Law par des huissiers , ayant en main décret de prise de corps, après ajournement personnel soufflé , et le faire pendre e:i trois heures de tem'^s , dans l'enclos du palais.

Sur ces avis, qui suivirent de près la publication de l'arrêt susdit, le duc de La Force et Fagon, conseiller d'État, dont j'ai parlé plus d'une fois, allèrent le vendredi matin 19 août trouver le régent, et le pressèrent tant qu'il leur ordonna de se trouver tous deux, dans la journée, chez moi avec Law , pour aviser en.semble à ce qu'il falloit faire. Ils y vinrent en effet, et ce fut le premier avertissement, que j'eus que M. le duc d'Orléans commençoit à sentir son mal et à consentir à faire quelque chose. En cette conférence chez moi . je vis la fermeté jusqu'alors grande de Law ébranlée jusqu'aux larmes, qui lui échappèrent. Nos raisonnements ne nous satisfirent point d'abord , parce qu'il étoit question de force , et que nous ne comptions pas sur celle du régent. Le sauf-conduit dont Law s'étoit muni n'eût pas arrêté le parlement un moment. De casser ses arrêts, point d'enregistrement à en espérer; de lui signifier ces cassations, foihlesse que le parlement mépriseroit et qui l'encourageroit à aller plus avant. Embarras donc de tous côtés. Law, plus mort que vif, ne savoit que dire, beaucoup moins que devenir. Son état pressant nous parut le plus pressé à assurer. S'il eût été pris, son affaire auroit été faite avant que les voies de négociation qui auroient été les premières suggérées et suivies par le goût et la foiblesse du régent eussent fait place aux autres , sûrement avant qu'on eût eu loisir de se résoudre à mieux et d'enfoncer le palais avec le régiment des gardes, moyen critique en telle cause, et toujours fâcheux au dernier point, même en réussissant; épouvantable si, au lieu de Law, ou n'eût trouvé que le cadavre avec sa corde. Je conseillai donc à Law de se retirer dès lors même dans la chambre de Nancré au Palais-Royal, qui étoit fort son ami et actuellement en Espagne , et je lui rendis la vie par ce conseil que le duc de La Force et Fagon approuvèrent et que Law exécuta au sortir de chez moi. Il y avoit bien moyen de le mettre en sûreté en le faisant loger à la Banque: mais je crus que la retraite au Palais-Royal ayant plus d'éclat frapperoit et cngageroit le régent davantage et nous fourniroit un véhicule assuré et nécessaire par la tacilité que Law auroil

Ide lui parler à toute heure et de le presser. Cela conclu, le lit de justice fut par moi proposé et embrassé par les trois autres comme le seul moyen qui restoit de faire enregistrer la cas-

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