‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 207 sur 298 · LONG ENTRETIEN [1718J · texte numérisé non relu

LONG ENTRETIEN [1718J

m'écrivoit de sa main, que voici : « Je crois, monsieur, qu'il est absO' lument nécessaire que j'aie une conversation avec vous sur l'affaire que vous savez ; je crois aussi que le plus tôt sera le mieux. Ainsi je voudrois bien, si cela se peut, que ce fût demain dimanche, dans la matinée; voyez à quelle heure vous voulez venir chez moi ou que j'aille chez vous; choisissez celui que vous croirez qui marquera le moins, parce qu'il est inutile de donner à penser au public. J'attendrai demain matin votre réponse , et vous prie en attendant de compter sur mon amitié eu me continuant la vôtre. Signé : H. de Bourbon. »

Je rêvai quelques moments après l'avoir lue , et je me déterminai à voir M. le Duc , que je ne pouvois éconduire , après quelques questions au valet de chambre sur l'heure et le monde de son lever , et à en tenter le hasard plutôt que celui de le faire remarquer à ma porte par le président Portail, qui en logeoit vis-à-vis, et qui pouvoit être chez lui un dimanche matin. Je ne voulus point écrire , et je me contentai de charger le valet de chambre de lui dire que je serois chez lui à l'issue de son lever. Je n'étois pas achevé d'habiller que Fagon vint savoir des nouvelles de la veille. Il en fut ravi , et encore plus du message de M. le Duc par l'espérance que lui donnoit cette suite pour un homme de plus , et de ce poids par sa naissance , à soutenir M. le duc d'Orléans. Je renvoyai Fagon promptement, et me rendis à l'hôtel de Condé, où je trouvai M. le Duc qui achevoit ;de s'habiller, et qui n'avoit heureusement que ses gens autour de lui , comme son valet de chambre me l'avoit fait espérer sur ce qu'il se devoit lever ce jour-là plus tôt que son ordinaire. Il me reçut en homme sage pour son âge, poliment, mais sans empressement. Il ïne dit même que c'étoit une nouveauté que de me voir. Je répondis que les conseils ayant presque toujours été le matin , et lui peu à Paris les autres jours, je profitois avec plaisir du changement de leur heure pour avoir l'honneur de le voir. Il fut achevé d'habiller aussitôt, me pria de passer dans son cabinet, en ferma la porte, me présenta un fauteuil, en prit un autre pareil , et nous nous assîmes de la sorte vis-à-vis l'un de l'autre ; il commença par des excuses d'en avoir usé avec moi avec liberté , et après quelques compliments il entra en matière.

Il me dit qu'il avoit cru nécessaire de ne perdre point de temps à m'entretenir sur l'affaire de la veille aussi nécessaire que pressante, et que d'abord il me vouloit demandée avec confiance si je ne pensois pas , comme lui le croyoit , que ce n'étoit rien faire de frapper sur le parlement, si du même coup on ne frappoit pas sur son principal moteur, et si M. le duc d'Orléans n'en jugeoit pas de même. A ce que le régent m'avoit dit la veille, je m'étois bien douté du dessein de M. le Duc sur moi ; mais sans lui paroître stupide , je ne fus pas fâché de lui faire nommer le premier le duc du Maine. J'en vins à bout par quelques souris en balbutiant, et puis je lui demandai comment il l'entendoit de frapper sur M. du Maine, a En lui ôtant l'éducation, » me dit-il. Je répondis que l'éducation se pouvoit ôter indépendamment d'un lit de justice, et les deux choses se faire à deux fois. Il repartit que M. le duc d'Orléans étoit persuadé que cet emploi ayant été conféré ou confirmé au duc du Maine dans un lit de justice , il ne se pouvoit ôter que dans un autre lit

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