‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 209 sur 298 · M. LE DUC ME PROPOSE · texte numérisé non relu

M. LE DUC ME PROPOSE

Maine auprès du roi , plus le roi s'accoutumeroit à lui , et qu'on trouveroit dans le roi un obstacle , qui par son âge n'existoit pas encore ; que plus M. du Maine avoit gagné de te'jrain depuis la régence par la seule considération de l'éducation qui le faisoit regarder comme le maître de l'État à la majorité, plus il en gagneroit de nouveau à mesure que le roi avanceroit en âge , plus il seroit difficile et dangereux de l'attaquer; que son frère sûrement ne remueroit point par probité et par nature; qu'à la vérité la complication du parlement étoit une chose fâcheuse , mais que c'étoit un mauvais pas à sauter ; qu'il me parleroit sur M. le duc d'Orléans, non comme à son ami intime, mais comme à un fort honnête homme et à un homme sûr, en qui il savoit qu'on pouvoit se fier de tout; que, s'il étoit persuadé d'obtenir une autre fois de lui l'éloignement de M. du Maine d'auprès du roi , il n'insisteroit pas à le vouloir à cette heure; mais que je savois moi-même ce qui en étoit; et me prioit de lui dire si, cette occasion passée, il y devoit compter; qu'il avoit [eu] sa parole de le faire à la mort du roi , puis le lendemain de la première séance au parlement , enfin lors du procès des princes du sang; que tant de manquements de parole et à une parole si précise et si souvent réitérée non vaguement , mais pour des temps préfix,lui ôtoient l'espérance , s'il laissoit échapper l'occasion qui se présentoit , et que de là venoit ce que je pouvois prendre pour opiniâtreté; et qui pourtant n'étoit que nécessité véritable ; que le régent étoit perdu si M. du Maine demeuroit auprès du roi jusqu'à la majorité ; que les princes du sang et lui nommément ne l'étoient pas moins ; que cette vérité ne pouvoit pas être révoquée en doute ; qu'il y avoit donc de la folie à s'y commettre et à ne pas profiter de l'expérience et da l'occasion ; et qu'on se sentoit assez de l'affermissement de M. du Maine , pour ne le laisser pas affermir davantage.

Cela dit plus diffusément que je ne le rapporte , M, le Duc me pria de lui répondre précisément. Je ne pus disconvenir des vérités qu'il avoit avancées, a Mais, lui dis-je, monsieur, cela enipêche-t-il une guerre civile? Tout cela montre bien l'énormité de la faute d'avoir laissé subsister les bâtards à la mort du roi , et encore un peu depuis. Chacun comptoit sur leur chute et la souhaitoit ; mais à présent que les choses ont changé de face par l'habitude et encore plus par le titre qui leur semble donné par le jugement intervenu entre les princes du sang et eux, on est où on en étoit, et ce qui éioit sage à faire à la mort du roi, et tôt après encore ou dans le jugement des princes du sang et d'eux, ne nous précipitera-t-il pas dans des troubles en le faisant présentement? Vous dites que la nature et la probité de M. le comte de Toulouse l'empêchera de remuer ; c'est une prophétie. Est-il apparent qu'il ne s'intéresse pas en la chute de son frère ; qu'il ne la regarde pas comme sienne par nature, par intérêt, par honneur, par réputation, qui à son égard mettra sa probité à couvert? Mais il y a plus, monsieur; espérez-vous en demeurer là, et concevez-vous comme possible de laisser rarlillerie et tout ce qui en dépend, les Suisses et les autres troupes que M. du Maine commande avec la Guyenne et le Languedoc , ces grandes et remuantes provinces dans la position où elles sout par rapport à l'Espa-

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