‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 21 sur 298 · El pourtant · texte numérisé non relu

El pourtant

[1718] DÉSORDRE DES HEURES d'aRGENSON. 27

ses heures. La place de la police, devenue entre ses mains une véritable inquisiiion universelle , l'avoit accoutumé à travailler sans règle à toutes sortes d'heures du jour et de la nuit, où il étoit fort souvent réveillé; il ne tint point de table ni d'audience, ce qui embarrassa fort tout ce qui eut affaire à lui. Les magistrats des finances, les financier"! et ses commis ne le furent pas moins. Il leur donnoit le plus souvent les heures de la nuit : une, deux, trois heures du matin étoient celles qu'il leur donnoit le plus souvent; j'en ai vu Fagon désolé bien des fuis. M. de La Rochefoucauld, qu ;l se piquoit de considérer par l'ancien respect de la province, il lui donna une audience à deux heures après minuit. Il prit la coutume, qu'il garda toujours, de dîner dans son carrosse, allant de chez ,lui, près les Grands-Jésuites, au conseil aux Tuileries, ou travailler l'après-midi au Palais-Royal. II étoit depuis longtemps ami intime de Mme de Veni, prieure perpétuelle de la Madeleine de Traisnel, au faubourg Saint-Antoine. Il y avoit un appartement au dehors; il avoit valu beaucoup à cette maison. Il y couchoit souvent étant lieutenant de police. En changeant de place, il ne changea point de coutume à cet égard ; dès qu'il avoit quelques moments, il y couroit, il y couchoit tant qu'il pouvoit : il lui est arrivé plus d'une fois d'y oublier les sceaux, et d'être obligé de les y aller chercher. Cela lui faisoit perdre beaucoup de temps ; ce qui , joint à la difficulté de le voir et de lui parler, causa de grands murmures. Si j'avois pu deviner cette conduite avant qu'il eût changé de place, je lui en aurois bien dit mon avis d'avance; mais devenu ce qu'il éloit, il n'étoit plus temps. Lui et Law faisoient seuls les finances.

Ils travailloient souvent avec le régent, presque jamais tous deux ensemble avec lui et d'ordinaire tête à tète; d'où les résolutions et les expéditions suivoient sans autre forme ni consultation. Le duc de La Force, à qui le vain nom de président du conseil des finances et de celui du commerce avoit été donné lorsque le duc de Noailles le quitta, n'eut plus de département. Le conseil des finances n'avoil plus guère d'occupation, et le conseil de régence du samedi après dîner, l'un des deux qui étoient destinés aux aflaires de finances, cessa de ^'assembler faute de matières. j

Dans cette première nouveauté de faveur, Argenson en voulut profiter pour obtenir pour sa femme , sœur de Caumartin , le tabouret , à l'instar de la chancelière. On a vu comment Mme SJguier l'obtint, à quelles conditions et qu'elles sont toujours les mêmes. Depuis cet événement il n'y avoit eu qu'un seul garde des sceaux marié.

C'éloit le second chancelier Aligre.qui les eut deux ans , à la mort du chancelier Séguier, pendant lesquels il n'y eut point de chancelier, et au bout desquels il le devint lui-même '. Dans cet intervalle ni trace ni vestige quelconque que sa femme ait eu le tabouret, dont les preuves

4. Voy. dans les noies à la fin du t. VI, p. 4 50, la lisle des chanceliers et gardes des sceaux et un exlrail du Journal d'Olivier d'Ormesson pour la tenue du sceau après la mort du chancelier Séguier (1672). — Voy. aussi les notes i la ûa du piéseul volunie.

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