IL OBTIENT LE TABOURET POUR SA FEMME
ne manqueroient pas dans la mémoire de main en main, ni par écrit sur les registres , si elle l'avoit eu. Aligre apparemment n'osa tenter une extension si nouvelle. Il songeoit fort à être chancelier. Il avoit le pied à l'étrier pour l'être. Il aima mieux apparemment attendre qu'il le fût que de s'exposer à un refus de prétention nouvelle , ou même de mettre un nuage à ses vues si apparentes et si prochaines , par un empressement mal à propos pour ce que l'office de chancelier feroit de soi-même.
Argenson, qui se voyoit sur la tête un chancelier bien qu'exilé, plus jeune que lui de beaucoup , n'avoit pas la même espérance , et n'eut pas aussi le ménagement d'Aligre. H voulut profiter de la facilité du régent et de son agréable et importante situation auprès de lui, dans une primeur encore toute radieuse. Il lui représenta l'entière similitude extérieure du chancelier et du garde des sceaux ; qu'il suivoit de là qu'elle devoit être pareille entre leurs femmes , et obtint ainsi le tabouret pour sa femme , qui en prit deux jours après possession aux mêmes conditions que la chancelière.
C'est le premier exemple de cette nouveauté, qui a servi de règle pour donner de même le tabouret longtemps depuis à la femme du garde des sceaux Chauvelin , qui en a joui , même en présence de la chancelière , depuis que d'Aguesseau fut rappelé la seconde fois de Fresne , et qu'il fit les fonctions de chancelier en même temps que Chauvelin faisoit celles de garde des sceaux. Armenonville , qui les eut après Argenson et avant Chauvelin, éloit déjà veuf, et ils furent rendus au chancelier d'Aguesseau, à la chute de Chauvelin.
Meaupeou , je le remarque parce qu'il est longtemps depuis devenu premier président, fut président à mortier à la place de Menars, frère de Mme Colbert, qui avoit fait sa fortune, mort en ce temps-ci en ce beau lieu de Menars-sur-Loire , près de Blois. C'étoit une très-belle figure d'homme, et un fort bon homme aussi, peu capable, mais plein d'honneur, de probité, d'équité et modeste, prodige dans un président à mortier. Le cardinal de Rohan acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du célèbre M. de Thou, qui l'ut pour tous les deux un meuble de fort grande montre, mais de très-peu d'usage.
Les enregistrements faits par la grandVhambre seule du rétablissement des quatre sous pour livre et du traité de Lorraine , causèrent une grande rumeur dans les enquêtes et requêtes, qui prétendent être appelées aux enregistrements et qui s'en prirent avec chaleur au premier président. Ces chambres arrêtèrent entre elles que tous les conseillers des enquêtes et requêtes s'abstiendroient d'aller chez lui sans des cas indispensables qui n'arrivent presque jamais. Elles s'assemblèrent plusieurs fois entre elles, et elles entrèrent en la grand'chambre où le président Lamoignon se trouva présider, firent leurs protestations, et les laissèrent par écrit sur le bureau du yreffier, à qui il fut défendu après de les mettre dans les registres, tant il est commode d'être juge et partie. Après bien du vacarme domestique , des souplesses du premier président et divers manèges, de plus vastes vues imposèrent à la fin la suspension ordinaire de cette querelle qui se renouvelle assez souvent.
La grand'chambre les laisse crier à moins que quelque intérêt plus