‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 220 sur 298 · LIT DE JUSTICE DIFFÉRÉ · texte numérisé non relu

LIT DE JUSTICE DIFFÉRÉ

de différer le lit de justice. Le régent m'assura qu'il tiendroit ferme làdessus avec M. le Duc; ajouta qu'il seroit très à propos que je le visse le soir aux Tuileries pour voir quel effet Son Altesse Royale auroit fait sur lui , à qui j'en rendrois compte le lendemain.

Ensuite il me dit qu'il doutoit que le lit de justice pût être pour le surlendemain mardi , parce que le garde des sceaux doutoit lui-même d'être prêt pour tout ce qu'il y auroit à faire. Ce délai me déplut; je craignis qu'il ne fût un prélude de délai plus long el puis de changement. Je lui demandai à quand donc il prétendoit remettre , que ces c(îups résolus , puis manques se savoient toujours et faisoient des effets épouvantables. <x A vendredi, me dit-il, car mercredi et jeudi sont fêtes, et on ne le peut plus tôt. — A la bonne heure, repartis-je, pourvu qu'à tout rompre ce soit vendredi. » Et je l'y vis bien déterminé. Je lui rendis compte après plus en détail que par mon billet de la veille de ce que j'avois fait avec Fontanieu, et puis il me parla du parlement avec amertume.

oc Vous n'avez, monsieur, lui répondis-je, que ce que vous avez bien voulu avoir. Si dès l'abord , indépendamment même des autres fautes à cet égard, vous aviez jugé notre bonnet, et si vous ne nous aviez pas sacrifiés au parlement pour l'honneur de ses bonnes grâces , et avec nous votre parole, votre honneur et votre autorité, l'arrêt de la régence, vous lui eussiez montré que vous êtes régent, au lieu que vous lui avez appris à le vouloir être, et votre foiblesse le lui a fait espérer. — Cela est vrai, me reparlit-il vivement, mais en ce temps-là j'étois environné de gens qui se relayoient les uns les autres pour le parlement contre vous autres et qui ne me laissoient pas respirer. — Oui , lui dis-je , et qui , pour l'intérêt particulier, vous éloignoient de vos vrais serviteurs, de moi. par exemple, pour qui tout cela se faisoit. et qui vous disoient sans cesse que je n'étois que duc et pair; vous le voyez , et si je n'avois pas raison pour lors , et si maintenant je vous parle en duc et pair quand le bien de l'État et le vôtre me semblent opposés à mon intérêt de dignité-, je vous somme de me dire si jamais je vous ai parlé qu'en serviteur, indépendamment d'être duo et pair. — Oh! quelquefois, a me ditil en homme moins persuadé que peiné d'être acculé. Je ne voulus pas le battre à terre. <r Monsieur, lui dis-je, allez, vous me rendez plus de justice , mai-s au moins pour oelte fois vous voyez si je songe au bonnet, tandis que vous êtes piqué contre le parlement, et si je ne soutiens pas le.i bâtards de toutes mes forces. Pesez celte conduite avec mon goût. que je n'ai jamais caché , mais aussi n'oubliez pas jusqu'à quel point vous vous êtes aliéné les ducs et de quelle conséquence el en même temps de quelle facilité il est de les regagner si le pied vous glisse avec M. le Duc sur M. du Maine; car si vous faites la faute de lui ôter l'éducation , tablez que de lui ôter son rang avec ne vous l'éloignera pas plus que le seul dépouillement de l'éducation, son rempart présent et ses vastes espérances , et que cela nous est si capital que vous vous en raccommoderez avec nous. — Pour cela, me dit-il. ii n'y aura pas grand inconvénient; mais c'est qu'il faut éviter d'ôter l'éducatiou 4 cette heure. Il est de mou intérêt de le faire une autre foiâ

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