REPROCBŒIS DE MA PART
cri pour le faire , et que tout le monde s'y attendoit. Que vous dis-je alors, et que ne vous ai-je pas souvent répété depuis, qu'il vous arriveroit tôt ou tard d'y être forcé par les princes du sang dans des temps où cela ne conviendroit plus, et que ce seroit un faire-le-faut à toutes risques? Par quel bout sortirez-vous donc d'ici? Croyez-moi, continuaije , mal pour mal , celui-ci est si dangereux . et vous avez si souvent et si gratuitement manqué de parole sur ce chapitre, que, si vous pouvez encore échapper, n'oubliez rien pour le faire. M. le Duc vous dit tout à la fois qu'il ne se soucie pas de l'éducation du roi , mais qu'il la veut dès qu'il la demande , et qu'on ne la peut ôter à M. du Maine que parce qu'il la demandera. Sentez-vous bien, monsieur, toute la force de cette phrase si simple en apparence? C'est le second homme de l'État qui ne veut faire semblant que de sa haine en apparence, et veut se fortifier de l'éducation sans vous montrer rien qui vous donne de l'ombrage. Après , quand il l'aura , ce sera à vous à compter avec lui , parce que vous ne lui ôierez pas l'éducation comme à M. du Marne , et comprenez ce que c'est pour un régent qu'avoir à compter avec quelqu'un . et encore d'avoir à y compter par son propre fait. Encore un coup , voilà ce que c'est que n'avoir pas renversé les bâtards à la mort du roi. Alors plus de surintendant de l'éducation du roi , et M. le Duc hors de portée par son âge de la demander, trop content d'ailleurs d'une telle déconfiture ; le maréchal de Villeroy , gouverneur en seul , et vous maître d'un tel particulier si grand qu'il soit et de l'éducation par conséquent; quelle différence! »
Le régent gémit, convint et me demanda ce que je pensois qu'il y eût à faire. Je répondis que je venois de le lui dire ; que je ne servois point M. le Duc à plats couverts , qu'en le quittant je lui avois promis de rendre à Son Altesse Royale toute notre conversation et toutes ses raisons dans toute leur force , mais que je m'étois expressément réservé la liberté de faire valoir aussi les miennes dans toute la leur. Je dis ensuite au régent que, pour éviter d'ôter M. du Maine si à contre -temps, je ne voyois de fourchette à la descente que M. de Charolois ; qu'il falloit insister sur son retour, que ce retour étoit très-peu praticable, à la manière de penser de l'hôtel de Condé, par le défaut d'établissements présents, puisque le gouvernement de l'Ile-de-France ne leur convenoit pas, et par la difficulté de doter suffisamment Mlle de Valois; qu'il n'y avoit qu'à tenir ferme sur ce point; qu'il ne pouvoit pas n'être pas trouvé essentiel par eux-mêmes, puisqu'il s'agissoit de savoir si on pouvoit compter sur les princes du sang en sacrifiant le duc du Maine, et qu'il étoit évident qu'on ne pouvoit y compter tant que M. de Charolois seroit hors de France, et en état de prendre en Espagne l'établissement de Ca- ■ talogne dont on parloit.
M. le duc d'Orléans goilta avec avidité cet expédient , si fort né de la matière même que je ne croyois pas qu'il fallût le lui suggérer. Il donnoit à croire que le lit de ju.'^tice étoit pour le surlendemain , au pis aller dans quatre jours, terme trop étranglé pour qu'ils pussent prendre un parti sur ce retour , ou que , le prenant , M. de Charolois pût èlre arrivé , et l'occasion passée , on avoit du temps devant soi , car l'affaire du parlement étoit si instante que M. le Duc lui-même ne pouvoit pas propo?rr