‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 229 sur 298 · NOUS NOUS DONNONS RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

NOUS NOUS DONNONS RENDEZ-VOUS

Billy étoit entièrement incapable d'entrer en rien ni de savoir quoi que ce fût, sans lui en rendre compte, et puis me protesta non -seulement avec serment, mais avec un air de vérité et de sincérité qui me convainquit , qu'il n'en avoit pas la moindre notion , ni même aucune que son frère fût en commerce avec le cardinal Albéroni ni avec personne en Espagne. Gela me soulagea fort à savoir, et je ne lui dissimulai pas. Il me parla encore de Mlle de Valois , et sur cela je battis la campagne tant que je pus à cause du prince de Piémont. M. le Duc ne m'en près sa pas tant qu'il avoit fait à l'hôtel de Condé, soit qu'il eût réfléchi sur la difficulté d'une dot pour deux, ou que, tout occupé de son affaire, il se passât volontiers à un gouvernement pour M. son frèle.

Il me pressa ensuite de voir M. le duc d'Orléans le lendemain matin chez lequel il devoit aller ce même lendemain l'après-dînée , de me mettre en sa place sur le peu de réalité de ses paroles, et sur le danger qu'il y auroit en attendant; puis me répéta avec feu que, [de] ce qui se passeroit le vendredi prochain, et non un jour plus tard, dépendroit aussi de son dévouement ardent et entier pour M. le duc d'Orléans, ou de ne vouloir pas aller pour son service d'où nous étions au grand rond des Tuileries, au bord presque duquel nous nous entretenions pour pouvoir voir dans l'obscurité autour de nous. Il ne se contenta pas de me répéter la même déclaration ; mais il me pria de la faire de sa part au régent, et d'y ajouter que, s'il n'avoit l'éducation le vendredi suivant , il lui en resteroit un ressentiment dans le cœur , dont il sentoit bien qu'il ne seroit pas maître , et qui lui dureroit toute sa vie.

Je me débattis encore là-dessus tant que je pus ; mais enfin il me força par me dire que , puisqu'il trouvoit fort bon que j'appuyasse mes raisons , il avoit droit aussi d'exiger de moi que je ne cachasse rien à M. le duc d'Orléans de ce qu'il désiroit qui passât à lui par moi de sa part. A bout donc sur ce beau message je crus, à voir une détermination si forte , qu'à tout hasard je devois l'entretenir dans la bonne humeur où je l'avois laissé sur notre rang à l'égard des bâtards. Je finis la conversation par là, et il me promit de lui-même, sans que je l'en priasse, de dire le lendemain à M. le duc d'Orléans que, toute réflexion faite, leur réduction à leur rang de pairie parmi les pairs étoit ce qui lui paroissoit le meilleur à suivre des trois projets de déclarations ou d'édits qu'il lui avoit présentés. Je sentis bien qu'en effet je l'en avois persuadé dès l'hôtel de Condé ; mais je ne sentis pas moins qu'il vouloit me plaire et me toucher par un endroit aussi sensible pour émousser mes raisons de ne pas toucher au duc du Maine.

Nous nous séparâmes avec un rendez-vous à la même heure et au même lieu pour le lendemain , afin de nous dire l'un à l'autre ce qui se seroit passé avec M. le duc d'Orléans; et M. le Duc, en me quittant, me fit excuses de toutes les peines qu'il me donnoit, et les compliments de la plus grande politesse, à quoi je répondis par tous les respects dus. Je lui fis excuse de ne l'accompagner pas dans le jardin; il prit par une allée, moi par une autre; et, pour cette fois, je trouvai mes gens où jeJ leur avois dis, et je m'en retournai chez moi.

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