‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 228 sur 298 · SUR M. LE COMTE DE CHAROLOIS · texte numérisé non relu

SUR M. LE COMTE DE CHAROLOIS

Royale n'avoit guère affaire à lui; mais que, comme (jue ce fût, de l'éducation dans le vendredi suivant dépendoit son attachement sans réserve ou son éloignement pareil. Je répondis que le régent et le second homme de l'Ktat avoient besoin l'un de l'autre , l'un à la vérité bien plus et l'autre beaucoup moins, mais toujours un besoin réciproque d'union, de satisfaction, qui influoit sur l'État; que l'intérêt de tous les deux étoit d'ôter au duc du Maine l'éducation du roi par toutes les raisons déjà tant répétées; conséquemment que je croyois aussi qu'il devoit s'en reposer sur Son Altesse Royale, et ne la pas réduire à l'impossible sur M. de Charolois, au danger de la guerre civile pour le temps mal choisi, «c Voyez- vous, monsieur, reprit M. le Duc avec vivacité , tout ceci nest qu'un cercle. La guerre civile, je vous l'ai déjà dit, elle n'est pas à craindre; et danger pour danger, elle la seroit moins à cette heure qu'en différant, parce que plus les bâtards iront en avant, plus ils fortifieront leur parti. Il faudra bien finir par ôter l'éducation à M. du Maine de votre aveu et de celui de M. le duc d'Orléans, qui sans cela est le premier perdu; or, s'il se veut bien perdre en différant toujours, tantôt pour une raison, tantôt pour une autre , comme il fait malgré tant de paroles données depuis la mort du roi, je ne veux pas me perdre, moi; et la guerre civile, soit pour me conserver contre les bâtrads, soit contre eux , en les ayant laissés trop croître , sera cent fois pis qu'à présent : de plus c'est que je n'en crois point. Le comte de Toulouse est trop sage, et sou frère trop timide. Cette raison, ne la rebattons donc plus. , Pour] mon frère, que M. le duc d'Orléans s'engage, et qu'il s'en fie à moi. Le lit de justice tenu, il aura le temps d'arranger ce qu'il faut à mon frère, qui reviendra du moment que l'arrangement sera prêt. — Mais, monsieur, luidis-je, faut-il trahir un secret? Vous êtes assez honnête homme pour pouvoir vous tout confier; mais gardez-vous d"en laisser rien voir à M. le duc d'Orléans; car c'est de lui que je le tiens, et je crois nécessaire de vous en informer pour vous montrer que nous en savons plus que vous ne pensez sur M. votre frère. — Qu'y a-t-il donc? D me répondit-il avec émotion et avec toute assurance de garder le secret.

Je ne m'en souciois guère ; mais il étoit à propos de le lui beaucoup demander, i)Our lui faire une impression plus forte. Je lui dis donc que nous ne pouvions pas douter, par des lettres interceptées, et ce que je ne lui dis pas par des lettres d'Albéroni au duc de Parme, que, parmi les remises qui se faisoient d'Espagne en Italie pour le projet qui est sur le tapis, il y en eût dix mille pistoles pour un seul particulier. Je dis particulier, et lui spécifiai bien, comme il étoit vrai, que ce n'étoit ni potentat, ni fournisseur, ni banquier, d'où la conclusion étoit aisée à tirer que cette gratification si forte ne pouvoit regarder un particulier moindre que M. le comte de Charolois.

Là-dc'ssus M. le Duc me témoigna le plaisir que je lui faisois de cette confiance, et me fit le détail de la suite légère de M. son frère, lelle qu'il ne se pourroit passer pour quoi que ce fût de tant soit peu important et encore pour des choses pécuniaires du sieur de Rilly , cet ancien gentilhomme de leur maison, qu'il m'avoit tant vanté. Il ajouta que

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