HOQUET DU RÉGENT
cable. Je lui remontrai là-dessus toute la différence de celui du prince de Piémont pour la réputation de sa régence, pour se faire une nouvelle et plus prochaine alliance avec un prince tel que le roi de Sicile, et si bienséante par rapport à leurs qualités de grand-père et d'oncle du roi , de père et de frère d'une princesse qui lui avoit rendu un si grand service par le mariage de Mme la duchesse de Berry. J'ajoutai la considération qu'il devoit à Mme la duchesse d'Orléans pour qui le coup de poignard seroit doublement affreux de sceller la perte de ses frères par le mariage de sa fille avec le fils d'une sœur qu'elle haïssoit à mort , et le frère de celui qui culbutoit le sien et qui profitoit de sa plus chère dépouille. Enfin je n'omis rien de tout ce que je crus de plus propre à donner des forces à M. le duc d'Orléans pour combattre les raisons de M. le Duc. Mais je sentis que deux choses lui faisoient une impression forte. Ce que je viens de rapporter sur M. le comte de Charolois et l'Espagne , et la dure protestation de M. le Duc , qu'il fallut bien lui rapporter dans toute sa force. Je ne lui dissimulai pas non plus que le nombre accumulé de ses manquements de parole à M. le Duc sur l'éducation faisoit toute sa roideur à la vouloir à cette heure. Le régent les contesta, dit qu'il ne disoit pas vrai, puis laissa voir, ce dont je me doutois bien , qu'il n'y avoit rien à rabattre des justes plaintes de M. le Duc à cet égard.
Ensuite, passant au mécanique, car cette conversation fut très sautillante , je lui dis , et je ne sais pas trop comment je m'en avisai , que les sièges hauts du lit de justice n'auroient qu'une marche , par la difficulté de les élever davantage; mais que je croyois que cela suffisoit pour marquer seulement des hauts et des bas sièges. Là-dessus il s'éleva, me dit que cela ne pouvoit passer de la sorte, que les hauts sièges de la grand'chambre avoient cinq degrés. J'eus beau lui représenter la difficulté mécanique, et lui dire enfin que puisque moi, à son avis si pair, j'en étois convenu , il pouvoit bien le trouver bon. Point du tout. Le voilà à entrer dans tous les expédients de cet ouvrage sans en trouver pas un , et pour fin à me charger de voir Fontanieu pour remédier en toutes sortes à cet inconvénient. Cela pensa me désespérer, car jamais, pour le trancher court , M. le duc d'Orléans n'eut de dignité , et ne s'en soucia pour soi-même ni pour les autres. Pour lui, un peu plus ou moins d'élévation aux hauts sièges ne faisoit rien à un régent du royaume qui, au lit de justice, n'a que la première place sur le banc des laïques , sans distance ni différence quelconque d'avec eux et pour les pairs , il les avoit trop maltraités pour croire que cette seule fois il fût devenu tout à coup épris de leur dignité et de l'honneur de leur séance. Je soupçonnai donc fortement que M. le duc d'Orléans, battu de M. le Duc, au pied du mur pour un lit de justice de grande exécution , cherchoit quelque voie de le rompre. Le délai de trois jours m'en avoit donné l'inquiétude, et ceci si fort contraire à son génie me l'augmenta beaucoup. Je craignis que, n'osant rompre à découvert un pi'ojet de cette sorte, n'ayant }>lus par où le différer au delà du vendredi, ni moins encore rien à alléguer pour changer une résolution si concertée, il se jetoit où il pouvoit pour former un délai, dans l'espérance défaire
[1718] SUR l'Élévation des sièges hauts. 335
ébruiter , puis échouer la chose. Cela me mit dans un grand malaise ; je cherchai dans le reste de la conversation à m'éclaircir de ce grand point, maii je compris Lien que mes soins seroient inutiles, et que, si je régent en avoit la pensée , il me la cacheroit avec plus de précaution |u'à nul autre.
De là, il passa à un récit bien considérable, a Vous ai-je dit, me demanda-! il , la conversation que j'ai eue mardi dernier avec le comte de Toulouse?» Et sur ce que je lui répondis que non, il me conta qu'après avoir travaillé avec le maréchal d'Eslrées et lui , il resta seul , et lui demanda s'il pouvoit lui faire une question, et que cette question fut s'il étoit content de lui et de sa conduite; que sur les assurances de toute satisfaction suivies de réponses du comte de Toulouse les plus convenables, même les plus nettes, il lui dit que, puisqu'il en étoit ainsi, il en avoit encore une autre à lui faire sur son frère, qui étoit dans l'inquiétude d'un bruit répandu qu'il le vouloit faire arrêter et le maréchal de Villeroy. Son Altesse Royale s'étoit mise à rire comme d'une chose qui ne méritoit que cela; il fut pressé; il répondit qu'il n'y avoit songé. Le comte lui demanda s'il en pouvoit assurer son frère , et sur le oui , lui demanda s'il en étoit mécontent, et d'où pouvoit venir ce bruit. Le régent répondit que pour le bruit il en ignoroit la cause, mais que, pour content, il ne pouvoit l'être. Le comte voulut approfondir; sur quoi M. le duc d'Orléans lui demanda ce qu U penseroit de remuer le parlement. Le comte lui répondit avec franchise que cela lui paroîtroit très-criminel, et s'informa s'il y en avoit quelque chose sur le compte de son frère. M. le duc d'Orléans répondit qu'il n'en pouvoit douter par des preuves très-sûres, et tout de suite lui demanda que lui sembleroit d'un commerce en Espagne, et avec le cardinal Albéroni. a Encore pis, répondit nettement le comte, je ne regarderois pas cela différemment d'un crime d'Étal; » et sur ce que M. le duc d'Orléans lui laissa entendre qu'il en savoil le duc du Maine coupable, le comte lui dit qu'il ne pouvoit soupçonner son frère jusqu'à ce point; qu'il le supplioit de bien prendre garde à la vérité de ce qui en pouvoit être, que pour lui, il lui avoit donné sa parole, parce qu'il considéroit l'État et Son Altesse Royale comme une seule et même chose ; qu'ainsi il lui répondoit de soi, mais qu'il ne lui répondoit pas de sou frère.
Cette conversation me parut inliuiment importante, et les réflexions que j'y fis allongèrent fort la nôtre. Je dis à M. le duc d'Orléans que je ne voyois rien de si net ni de plus esliniable que le procédé du comte de Toulouse, en môme temps rien de si fort contre le duc du Maine que ce que son frère, si engage à le soutenir, lui déclaroit pounanl qu'il n'en pouvoit riipondre. Le régent me parut y faire beaucoup d'attention. Je lui dis qu'un tel propos la méritoit tout entière, et lui faisoit sentir la grandeur de sa faute d'avoir laissé le duc du Maine entier; que néanmoins il ne devoit pas s'en frapper jusqu'à perdre de vue l'espèce présente, je veux dire l'union du duc du Maine avec le parlement, et le danger de les châtier ensemble; que ces conjonctures demaudoient toutes ses plus nulres réflexions. Après quelques sujours Ki-dessus. moi ne voulant plus liop m'expliquer, et tlulUut entre le daugur uuuvâau,