FRAYEUR DU MARÉCHAL DE VILLEROY
démontré par l'aveu du comte de Toulouse, et la crainte extrême de moi-même sur ma vengeance et la restitution de notre rang, le régent me conta que le maréchal de Villeroy lui avoit parlé lui-même de ce bruit de le faire arrêter avec M. du Maine, d'un ton fort humble et fort a,larmé , qu'il en avoit été dire autant à l'abbé Dubois , et qu'il étoit dans la dernière peine , quoi qu'on pût faire pour le rassurer. Je dis à M. le duc d'Orléans que pour celui-là , quoi qu'il pût faire , il falloit le laisser ; qu'après les bruits anciens et nouveaux , il n'y avoit ni grâce ni sûreté à l'ôter d'auprès du roi , auquel s'il arrivoit malheur dans la suite , chacun renouvelleroit d'horreurs contre Son Altesse Royale.
Il en convint , et me témoigna d'ailleurs que l'âge et le peu de mérite du maréchal de Villeroy rendoient sa place très-indifférente. J'ajoutai que je regarderois sa mort, si elle arrivoit devant la majorité, comme un malheur pour Son Altesse Royale , parce qu'alors ce seroit bien force d'en nommer un autre; que je ne savois pas trop bien qui de mérite propre à cette place en voudroit, et que ce seroit en revenir presque au même danger s'il arrivoit malheur au roi.
Il en convint encore ; puis nous revînmes à M. le Duc , moi bien aise de prendre ma mission pour sentir où il en étoit sur le duc du Maine, et en même temps sur notre rang. Il me parla foiblement sur l'un et sur l'autre. Je le conjurai de nouveau de bien penser aux suites d'attaquer le duc du Maine dans une partie aussi sensible que l'éducation , et de la confier à un prince du sang de l'humeur arrêtée de M. le Duc , et après quelques raisonnements faits et abrégés là-dessus, je le suppliai de sentir que , s'il faisoit tant que d'ôter au duc du Maine l'éducation du roi, il ne seroit ni moins enragé ni moins irréconciliable' d'y ajouter sa réduction à son rang de pairie. Il me répondit qu'il l'avoit déjà voulu une fois ; que M. le Duc s'y étoit opposé par l'idée de se séparer de nous par mettre entre deux un rang intermédiaire ; qu'il étoit bien aise de me le dire nettement pour que je ne m'amusasse pas aux propos de M. le Duc, avec lequel il faudroit bien voir, s'il se portoit à lui donner l'éducation du roi, mais sans lequel cela étoit impossible. Avec cela je m'en allai avec un commencement d'espérance , dont voici le raisonnement, supposé l'éducation changée de main.
Je comprenois de reste que ni M. le duc d'Orléans , ni M. le Duc ne se soucioient de la restitution de notre rang. Je comptois bien même qu'il» tâcheroient de l'éluder l'un par l'autre , le régent surtout , grand maître en ces sortes de tours d'apparente souplesse qui se démêlent avec exécration bientôt après; mais je sentis aussi qu'il ne résisteroit non plus à M. le Duc en ce point , si celui-ci se le mettoit dans la tête , que dans l'affaire de l'éducation , a fortiori et qu'il n'étoit rien moins qu'impossible d'y déterminer M. le Duc qui croyoit avoir un besoin capital de moi, se conduisoit avec moi de même, étoit convaincu de son aveu fait à moi-même de la fausseté de son ancienne idée de rang intermédiaire, et tacitement encore par ne le vouloir pas dire par gloire , de la sottise
i . Le manuscrit porte réconcUiabU. C'est une erreur évideule : il faut lire irréconciliable.