‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 287 sur 298 · AU PARLEMENT SUR SES DEVOIRS · texte numérisé non relu

AU PARLEMENT SUR SES DEVOIRS

par le parlement et imprimé ' , qui est entre les mains de tout le monde, me dispensera de rapporter ici les discours du garde des sceaux, celui du premier président, ceux des gens du roi et les différentes pièces qui y furent lues et enregistrées. Je me contenterai seulemeu'. de quelques observations. Ce premier discours, la lecture des lettres de garde des sceaux et le discours de l'avocat général Blancmesnil qui la suivit, les opinions prises, le prononcé par le garde des sceaux, l'ordre donné, quelquefois réitéré, d'ouvrir, puis de tenir ouvertes les deux doubles portes, i.e surprirent personne, ne servirent que comme de préface à tout le reste, à en aiguiser la curiosité de plus en plus, à mesure que les moments approchoient de la satisfaire.

Ce premier acte fini, le second fut annoncé par le discours du garde des sceaux, dont la force pénétra tout 1 parlement. Une consternation générale se répandit sur tous leurs visages. Presque aucun de tant de membres n'osa parler à son voisin. Je remarquai seulement que l'abbé Pucelle, qui, bien que conseiller-clerc, étoit dans les bancs vis-à-vis de moi, fut toujours debout toutes les fois que le garde des sceaux parla, pour mieux entendre. Une douleur amère et qu'on voyoit pleine de dépit, obscurcit le visaire du premie président. La honte et la confusion s'y peii-'nit. Ce que le jarp;on du palais appelle le grand banc pour encenser les mortiers qui l'occupent, baissa la tête à la fuis comme par un signal , et bien que le garde des sceaux ménageât le ton de sa voix , pour ne la rendre qu'intelligible, il le fit pourtant en telle sorte qu'on ne perdit dans toute l'assemblée aucune de ses paroles, dont aussi n'y en eut-;l aucune qui ne portât. Ce fut bien pis à la lecture de la déclaration. Chaque période senibloit redoubler à la fois l'attention et la désolation de tous les officiers du parlement, et ces magistrats si ailiers, dont les remontrances superbes ne .salisfaisoient pas encore l'orgueil et l'ambition, frappés d'un châtiment si fort et si public, se virent ramenés au vrai de leur état avec cette ignominie, sans être plaints que de leur petite cabale. D'exprimer ce qu'un seul coup d'œil rendit dans ces moments si curieux, c'est ce qu'.l est impossible de faire, et, si j'eus la salisfactioi que rien ne m'échappa, j'ai la douleur de ne le pouvoir rendre. La présence d'esprit de Blancmesnil me surpi it au dernier point. 11 parla sui chaque chose où son ministère le requit, avec une contenance modestt et sau'ement embarrassée, sans être moins maître de son discours, aussi délicatement ménagé que s'il eût été préparé.

Après les opinions, comme le garde des sceaux eut prononcé, je vis ce prétendu grand banc s'émouvoir. C'étoit le premier président qui vouloit parler et faire la remontrance qui a jiaru pleine île la malice la plus raffinée, d'impudence à l'égard du régent et d'insolence pour le roi. Le scélérat trembloil toutefois en la prononçant. Sa voix entrecoupée, la contraiute de ses yeux, le saisissement et le trouble visible de toute sa

<. Le recueil des Ancii-nnes lois françaises (l. XXI, p. < &9 et suiv.) contient les ililTt^rt'iils i'iiils ijui furent enrt'jjisirés diiiis ce lit de justice. On peut aussi comparer le .loin mil ./,■ r<ivocat llm/'ier, à la date du nioi* d'août 47 «8.

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