‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 33 sur 298 · BUREAU DE CINQ COMMISSAIRES · texte numérisé non relu

BUREAU DE CINQ COMMISSAIRES

nal del Giudice. Celui-ci étoit frère de Cellamare , et passa sa vie à Rome dans les charges de prélature , puis de la maison du pape , et enfin dans le cardinalat. Pour Cellamare , il donnera ample occasion de parler de lui.

Il y avoit longtemps que le pape, persécuté par son nonce Bentivoglio, par les cardinaux de Rohan , surtout de Bissy , et par les plus emportés de ce parti , s'étoit rendu à eux malgré lui , à refuser des bulles. Grand nombre d'église étoient sans évêque , quoique nommés la plupart. Il en étoit de même des abbayes , et le cardinal Fabroni tenoit le pape de court avec ses emportements ordinaires, pour empêcher que le pied lui glissât là-dessus. Dans les commencements de cette résolution, ils n'auroient pas été fâchés d'accorder des bulles à des conditions honteuses pour la France et pour des évêques, utiles à la domination romame , qui est le but où toutes choses tendent en cette cour : des lettres soumises des nommés au pape , des signatures chez le nonce telles qu'il les auroit présentées , exclusion indépendante de qui ils auroient voulu. Le régent, quelquefois ébranlé, seroit assez volontiers entré en composition sur la qualité des conditions ; mais le maréchal d'Huxelles , qui avoit quelquefois de bons intervalles sur ces matières de Rome, lui en remontra si bien la honte présente, et les conséquences pernicieuses pour l'avenir, qu'il le raffermit contre les manèges de toutes les sortes que la cabale employoit auprès de lui. A la fin , pressé par ceux qui avoient plus de sang françois dans les veines, il prit un parti dont Rome et les siens ne le jugeoient pas capable , et qui , toutes les fois qu'on en prendra un semblable suivant la nature des afl'aires , amènera toujours cette cour à raison.

Le régent déclara au conseil de régence qu'il falloit pourvoir à la dureté de la cour de Rome; que, puisqu'elle s'opiniâtroit depuis si longtemps à refuser des bulles contre la loi réciproque du concordat , il falloit chercher et trouver le moyen de se passer d'elle là-dessus; qu'il étoit d'avis d'établir un bureau de personnes capables de faire les recherches nécessaires à cet effet, d'en rendre compte au conseil de régence le plus tôt qu'il seroit possible, et aussitôt après se servir de la voie qui auroit été reconnue la meilleure pour faire sacrer tous les évêques nommés. Le conseil applaudit d'une voix , au grand regret de M. de Troyes qui n'osa se commettre à se montrer d'avis différent, et qui se contenta de consentir d'une inclination de tète, en faisant la grimace en dessous. Tout de suite le régent proposa le choix qu'il faisoit de cinq commissaires pour composer ce bureau", et nomma le maréchal de Villeroy, d'Aniin, le maréchal d'Huxelles, Torcy, et moi pour chef de ce bureau qui se liendroit chez moi, comme l'ancien pair de ce bureau et de tout le conseil de régence, et le choix en fut approuvé. C'étoJt à moi à donner les jours de bureau, et pour cela à en préparer les matières; à moi encore , quand le travail y seroit achevé , de le rapporter au conseil de régence.

La matière m'étoit tout à fait nouvelle, je voulus m'en instruire à fond. Je pris donc soin de m'informer de ceux qui seroieat les plus capables de me bien endoctriner. Je les vis au nombre de sept ou huit qui passoient pbur l'être le plus en cette matière. J'eus quelques conversa-

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tions et des mémoires de quelques-uns. Celui de tous qui me satisfit le plus par sa profonde science, sa mémoire su;- les faits, son sens et son jugement pour l'afiplicalion et le raisonnement, et ce que je trouvai assez rarj parmi ces doctes, par la politesse et ia scienc; du monde, fut un ahl)é Heiinei|uiii, retiré dans une maison d'une des cours de l'alibaye de Sainte-Geneviève. M. Petilpied, qui avoit été des années en Hollande, exile après au loin, puis rappioché près de Paris, me satisfit fort aus.si, et un M. Le Gros, qui dcmeuroit en Sorbonne. Je demandai à M. le duc d'Orléans de permettre à M. Petitpied de revenir à Paris, parce que je ne pouvois pas aller souvent le chercher à Asnières. Il me l'accord i, et cela finit son exil.

Je n'eus pas le temps de me rendre bien habile ni de tenir un seul bureau. Rome en prit une telle frayeur que, sans balancer, le pape manda le cardinal de La Trémouille, à qui le régent avoit défendu de prendre les bulles de Camlirai, sans que les autre.> nommés eussent les leurs en même temps. Le pape, sans lui faire de plaintes du larti que le regoi.l prenoit, qui avoit répandu l'alarme dans Rome, lui déclara qu'il accorduit toutes les bulles, el le pria de ne pas différer de dépêcher un courrier à Paris pour y porter cette nouvelle. Elle lit grand plaisir et auroit dû servir d'une grande leçon à l'avenir pour se conduire avec Rome. Les bulles furent expédiées incontinent après, et on n'entendit plus parler à Paris que de sacres d'évêques. Oncques depuis, Rome ne s'est jouée à un pareil refus, ni à faire faire aucune proposition à pas un nommé pour en obtenir. Ainsi finit ce bureau avant de s'être pu assembler, dont nous fûmes tous fort aises, et je pense que l'opinion que de longue main Beutivoglio et les principaux boute-feux avoient donnée à Rome de la plupart des commissaires , sur les matières qui 1 'irdent cette cour, et la constitution en particulier, n'y fit guère liS d'impvession que la chose mémo, et que cette cour comprit par là qu'on vouloit sérieusement conduire à fin. Il y avoit trois archevêthés et douze ou treize évêchés.

On apprit la mort du comte d'Albemarle, gouverneur de Bois-le-Duc, et général des troupes hollandoises. Je le remarque, parce que ce fut lui dont la faveur naissante auprès du roi Guillaume prévalut sur celle de Porlland, pendant sa brillante ambassade ici, aussitôt après la paix de Hyswick, el que cette jalousie lui fit abréger le plus qu'il put. La faveur de Portiand [fut] lapins ancienne, la plus entière, la plus durable, et qui avoit eu la confiance de tous les manèges de ce prince en Hollande, pour s'y rendre peu à peu le maître, comme il le devint, de toutes ses pralitiues dans toutes les cours de l'Europe, pour allumer et entretenir la guerre contre la France, enfin de toute l'affaire d'Angleterre, où devenu roi, il le fit comte de Portland, chevalier de la Jarretière, et lui donna des charges et des emplois. Portland, jusqu'à ce qu'il fût pair d'Angleterre, portoit le nom de l'enting, qui étoit celui de sa famille. Il éioit Hollandois, et sa faveur avoit commencé dès le temps qu'il étoil page de ce même prince d'Orange, et toujours augmenlé depuis. Kej'uel, Hollandois comme lui, le désarçonna pendant sa courie ambassade de Frauce , quoique sa faveur fût houvelle. Il fut fait

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