‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 35 sur 298 · PRINCE DE CARIGNAN À PARIS · texte numérisé non relu

PRINCE DE CARIGNAN À PARIS

roi de Sicile le vouloit. Au lieu de cela, Mme de Carignan se sauva de Turin, ou en fit le semblant, pour venir trouver son mari. Celui ci [y] est demeuré toute sa vie. cest-à-dire plus de vingt ans. Mme de Carignan y est encore. Mme de Verue sut la dresser, et trouva au delà de ses espérances. Les personnages qu'ils y ont joués , les millions qu'ils y ont pris à toutes mains , ne se peuvent ni expliquer ni nombrer. Tout le monde l'a vu et senti ; on n'y a que trop reconnu les louveteaux du cardinal d'Ûssat . même les plus grands et les plus affamés. L'incognito a toujours duré et a masqué les prétentions.

Le dérangement éclatant de l'évèque de Beauvais fit un étrange bruit, et ne put être arrêté ni étouffé par tous les soins de la duchesse de Beauvilliers, ni toute la charité du cardinal de Noailles, qui y firent tous deux des prodiges dont je fus témoin de bien près. Ce scandale, qui ne dura que trop longtemps , se termina enfin par la démission de son évêché, qui fut donné à un fils du duc de Tresmes, et le démis fut mis en retraite avec une grosse abbaye et des gens sûrs auprès de lui pour en prendre soin. Mme de Beauvilliers , qui l'avoit toujours aimé , et dont la surprise fut aussi grande que celle de tout le monde , en pensa mourir de douleur.

J'aurois dû placer à la suite de la promotion militaire dont j'ai parlé, il n'y a pas longtemps, une grâce que j'obtins de M. le duc d'Orléans, qui fit du bruit, mais qui me fit un plaisir très-sensible. Yolet, mestre de camp du régiment de Berry , connu en Auvergne pour être de trèsbonne et ancienne noblesse, et dans les troupes pour avoir toujours servi avec valeur et application , avoit quitté le service il y avoit treize ou quatorze ans, piqué de n'avoir pas été fait brigadier, en l'ancienneté de l'être , dans la promotion où le lieutenant-colonel du régiment dont il étoit mestre de camp l'avoit été. Il vendit ce régiment au marquis de Sandricourt, c'est-à-dire à moi pour lui, qui en faisois comme de mon fils . et le marché se fit d'une manière si noble et si aisée de sa part que j'en fus singulièrement content, à propos des hoquets qu'il fallut essuyer du père de Sandricourt. Je suppliai le régent, avec instance, de remettre Yolet dans le service, en lui rendant son ancienneté, et de le faire maréchal de camp. Je l'obtins avec une joie extrême. Yolet étoit venu faire un tour à Paris pour ses affaires , bien éloigné de plus penser à rien sur le service, depuis qu'il avoit quitté. Je le sus à Paris, parce qu'il passa chez moi sans me trouver, depuis son affaire faite, comme j'allois lui écrire. Je le fis chercher, je lui dis qu'il étoit maréchal de camp , je le présentai à M. le duc d'Orléans. Je ne vis jamais homme si surpris ni si aise. On cria fort de cet avancement, parce qu'il faut toujours crier de tout; mais tant d'autres qui avoient quitté sont rentrés avec conservation de leur ancienneté , Fervaques par exemple , et le beau cordon bleu dont cette grâce a été depuis le prétexte . que je ne troublai pas ma joie de l'envie des jaloux. Le pauvre Yolet n'en eut que le plaisir , j'avois parole qu'il serviroit quand il y auroit guerre ; je le lui avois dit , il en pelilloit . et sûrement il s'y seroit fort avancé. Il mourut avant d'avoir vu la première campagne.

I.o comte d'Évieux. qui n'avoit de commun avec son grand-OQcle,

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