STAREMBERG OPPOSÉ À LA CESSION DE LA TOSCANE
sures pour assurer le repos de l'Europe, et qu'il s'étoit souvent exposé à déplaire à l'empereur en combattant les visions dont on entretenoit sa passion de recouvrer la monarchie d'Espagne ; que cet article de Toscane, au lieu d'établir une paix solide, entretiendroit une cause de guerre perpétuelle, et feroit perdre l'Italie à l'empereur; qui lui conseilleroit plutôt que d'y consentir . de faire la paix avec les Turcs aux dépens même de toutes ses conquêtes sur eux , et de regarder comme sa plus capitale affaire d'empêcher l'établissement en Italie d'une branche de la maison de France , et qu'elle y prît des racines assez solides pour donner la loi à la maison d'Autriche, et il n'estimoit pas que l'acquisition de la Sicile pût balancer la crainte d'un pareil établissement. Il convenoit aussi que l'Europe auroit raison de s'alarmer si l'empereur prétendoit s'emparer quelque jour de ces successions ; qu'aussi son intention étoit d'en assurer l'expectative au duc de Lorraine (que Vienne vouloit faire regarder comme un prince neutre , quoique de tout temps et lors plus que jamais seule et même chose avec elle) et dont l'agrandissement ne devoit donner d'ombrage à aucune puissance. L'empereur, vouloit bien qu'il achetât ce bel établissement par la cession du Barrois, mouvant à la France'. Néanmoins, les ministres de l'empereur, n'espérant pas qu'on pût se relâcher sur la Toscane en faveur d'un fils de la reine d'Espagne, imaginèrent de la partager avec lui en faisant céder l'État de Fisc au duc de Lorraine. Leur grand objet étoit que le prince d'Espagne n'eût point de ports de mer, et ils prétendcient y intéresser les Anglois par la jalousie du commef-ce du Levant. Ils renouvelèrent aussi les instances qu'ils avoient inutilement faites aux traités de Rastadt et de Bade , pour la restitution des privilèges de l'Aragon et de la Catalogne , et celle des biens confisqués sur les Espagnols qui avoient suivi le parti de l'empereur. Outre l'honneur de ce prince , ils étoient persuadés que la suppression des privilèges de ces deux provinces augmentoit de quatre ou cinq millions le revenu du roi d'Espagne, à qui ils les vouloient faire perdre par ce rétablissement. A l'égard des biens confisqués, l'empereur s'ennuyoit de payer libéralement ces rebelles sur ses revenus d'italie. Ses ministres, qui les haïssoient, se plaignoient aigrement sur cet article des instances trop opiniâtres, disoient-ils, du régent, pour les avantages du roi d'Espagne.
La cour de Vienne, accoutumée à reprocher à ceux avec qui elle traite, le peu de bonne foi dont elle-même ne sait que trop s'aider , la reprochoit à ce prince dans cette négociation de Londres. Elle prétendoit que Bcnnac avoit tâché par ses démarches et ses discours d'engager les principaux officiers ottomans de continuer la guerre contre l'empereur; que le régent avoit envoyé Ragotzi en Turquie; que Son Altesse Royale n'avoit rien oublié pour engager le roi de Prusse à faire un traité avec la France, et en conséquence la guerre à l'empereur, quoique ce traité fût très innocent. I.'s accusoient le régent d'avoir communiqué à l'Espagne le plan du traité dressé avec le roi d'Angleterre à Hanovre , et d'être , sinon le promoteur , nu. moins la cause indirecte de l'entreprise
* . Terme féodal qui siguiûe relevant de la France,