‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 38 sur 298 · DEUX DIFFICULTÉS PRINCIPALES · texte numérisé non relu

DEUX DIFFICULTÉS PRINCIPALES

la suite des séances de son parlement la même soumission à ses volontés qu'il avoit éprouvée à leur ouverture. Cet ambassadeur ne se rebuta point d'assurer le roi d'Espagne que les intentions du régent à son égard étoient bonnes, que l'abbé Dubois lui avoit répété plusieurs fois que les instructions qu'il attendoit formeroient une union et une intelligence parfaites entre Sa Majesté Cat'nolique et Son Altesse Royale; et il représenta, sous le nom de cet abbé, que, si le roi d'Espagne différoit à s'expliquer, le ministre de l'empereur gagneroit du terrain à Londres; et il étoit vrai que les ministres les plus confidents du roi d'Angleterre étoient tous à l'empereur, et traitoient de prétentions injustes les propositions que le régent faisoit et appuyoit en faveur de l'Espagne.

Les principales difficultés roulèrent sur deux points , tous deux essentiels, que le régent demandoit : le premier une renonciation absolue et perpétuelle de la part de l'empereur à tous les États de la monarchie d'Espagne actuellement possédés par Philippe V; le second que, les maisons de Médicis et Farnèse venant à s'éteindre, la succession aux États de Toscane et de Parme fût assurée au fils aîné de la reine d'Espagne, et successivement à ses enfants mâles, cette princesse étant héritière légitime des deux maisons.

Les Impériaux se plaignirent de ce que le régent étoit plus attentif à procurer les avantages du roi d'Espagne que ce prince n'étoit à les demander, ils dirent qu'il étoit injuste d'exiger une renonciation absolue de l'empereur à ses droits sur la monarchie d'Espagne, pendant qu'on ne lui en offroit pas une pareille du roi d'Espagne aux États d'Italie et des Pays-Bas possédés par Sa Majesté Impériale, regardant comme une sorte de violence de faire subsister les droits d'une partie pendant qu'on éteignoit avec tant de soin ceux de l'autre partie.

Ils s'écrièrent encore plus sur les successions de Toscane et de Parme, comme s'il s'agissoit de porter la guerre en Italie, et de la faire perdre à l'empereur , par la facilité de débarquer les troupes d'Espagne à Livourne, d'entrer sans peine en Lombardie, tandis que les Impériaux arrêtés par les Apennins ne pourroient pénétrer en Toscane, pour empêcher les Espagnols de s'y fortifier et de s'y faciliter les secours d'Espagne. Ils cédèrent néanmoins sur l'article de Parme et de Plaisance, parce que ses États éloignés de la mer ne pourroient recevoir de secours étrangers, et dépendroient toujours de l'empereur, en(;lavés comme ils sont dans les terres, si le prince qui les posséderoit tentoit de s'agrandir. Mais la Toscane, surtout Livourne, entre les mains d'un prince de la maison de France, leur paroissoit d'un péril continuel et inévitable à chasser l'empereur d'Italie toutes les fois que la France et l'Espagne le voudroient.

Le comte de Staremberg, qui avoit acquis la plus grande confiance de l'empereur, pour avoir été son conseil et le général sous lui en Espagne, étoit le plus touché de cette crainte de tous les ministres de la cour de Vienne. Il dit qu'il se croyoit en droit plus que personne d'insister fortement au refus de l'article de la Toscane, parce qu'il avoit i appuyé plus fortonaent que personne le projet de prendre de justes me-

Page 1