SAGE AVIS AU ROI D'ESPAGNE. [1718J
sterling à l'empereur, qui est fort recherché. — Visions d'Albéroni. — Préliminaires demandés par l'Espapne à l'empereur. — Folle condiiiie d'Albéroni — 11 fait faire une déclaration menaçante aux Hollandois pour en acheter des vaisseaux. — Ripenla rappelé; résolu depuis longtemps de revenir s'élablir en Espagne. — Mauvais étal de la personne du roi d'Espagne. — Pouvoir sans bornes d'Albéroni. — Aubenlon et Aldovrandi excilenl l'E.spagne en faveur de la consiiiulion. — Fortes démarches et menaces terribles de l'empereur au pape. — Consternation de Rome, — Ses soumises et basses résoluiions. — Politique et ruse odieuse de la cour de Vienne. — Le pape, dans sa frayeur de l'empereur, lomlje pour l'apaiser sur l'Espagne et sur Aldovrandi. — Brefs ne soni point reçus par l'empereur ni par les rois de France et d'Espagne, sans que leurs copies n'aient été vues par leurs ministres, qui les admettent ou les rejettent. — Opinion générale prise du pape à l'égard de l'Espagne. — Les Impériaux veulent qu'Aldovrandi soit rappelé et châtié. — Foibles manèges du pape à cet égard ; jugement qu'ils en font porter.
Stairs et Provane dirent tous deux à Cellamare que l'empereur offroit de s'engager à ne point inquiéter les princes d'Italie , de se contenter des domaines qu'il y possédoit , de ne pas s'opposer aux droits de la reine d'Espagne sur les États de Parme et de Plaisance, de s'accorder avec les médiateurs pour régler la succession de la Toscane en faveur d'un prince qui ne fût ni de la maison d'Autriche ni de la maison de France, parce que Naples et Milan seroient trop exposés si un des fils de la reine d'Espagne avoit la Toscane avec Parme et Plaisance. Quoique ces dispositions ne fussent pas telles qu'il étoit nécessaire pour conclure, et que Cellamare fût persuadé que l'empereur ne cherchoit qu'à suspendre les entreprises du roi d'Espagne, gagner temps et faire sa paix avec le Turc, amuser et cependant se mettre en état d'envahir les princes d'Italie , montrer en attendant que les difficultés ne venoient pas de sa part, et que, si les médiateurs dévoient tourner leurs armes contre celui qui rejétteroit les propositions d'un accommodement raisonnable , ce n'étoit pas contre lui qu'elles se dévoient employer; cet ambassadeur conseilloit au roi son maître de se comporter comme s'il écoutoit les propositions de la cour de Vienne, de peur qu'en les rejetant, il lui laissât l'avantage de persuader le monde que les Impériaux étoient véritablement dociles, et que les refus et l'opiniâtreté venoit des Espagnols. Cette maxime, bien suivie , lui paroissoit une base solide pour établir sur elle à l'avenir des prétentions et des demandes plus essentielles. Il ajoutoit que cette conduite ne pouvoit engager le roi d'Espagne au delà de ce qu'il voudroit, parce qu'il seroit toujours le maître d'éloigner la conclusion tant qu'il voudroit, en demandant des sûretés que vraisemblablement ses ennemis ne lui accorderoient pas ; que , par ce refus , il feroit retomber sur eux la haine de voir échouer une négociation regardée comme nécessaire pour assurer la tranquillité générale: que si, contre son opinion, ses ennemis consentoient aux sûretés qu'il leur demanderoit, il profiteroit par là des avantages qui lui seroient accordés.
Cellamare, inquiet des bruits du mariage du prince de Piémont avec une fille du régent, en parla à Provane, qui lui dit franchement n'en avoir pas fait la moindre insinuation; que les intérêts d'État, non les
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liens du sang, formoient les chemins qui unissent les princes; et que les mariages se faisoient à la fin non au commencement des comédies et des poëmes. On a vu en son lieu qui avoit le premier imaginé ce mariage, comment il fut traité quelque temps entre Plénœuf, retiré à Turin, et moi; combien peu le régent y prit, et je crois aussi peu le roi de Sicile; combien aussi je fus pressé de prier le régent que j'en remisse la négociation à l'abbé Dubois, à son premier retour d'Angleterre, et qu'il n'en fût plus question depuis. Tout ce qui pouvoit éloigner le régent des Tues de l'Angleterre étoit odieux à l'abbé Dubois. L'empereur étoit buté à ravoir la Sicile, qui étoit la chose que le roi de Sicile craignoit le plus. Le roi d'Angleterre, servilement attaché à l'empereur, par rapport à ses États d'Allemagne et à l'affermissement de son usurpation des duchés de Brème et de Verden , auroit été au désespoir de trouver la France trop opposée à ce désir de l'empereur, qu'il favorisoit de tout son pouvoir, par conséquent d'un mariage qui , dans son commencement surtout, eût lié le régent au roi de Sicile par intérêt et par honneur, et qui le pouvoit jeter dans une alliance avec l'Espagne et les princes d'Italie . qui auroit renversé toute la négociation qui se faisoit à Londres. L'abbé Dubois y étoit un des principaux acteurs ; il la regardoit comme la base de sa plus haute fortune; il n'avoit donc garde de la laisser troubler par le mariage du prince de Piémont avec une fille de M. le duc d'Orléans.
Cellamare et Provane , de concert , ne cessoient de presser le régent de se préparer à la guerre pour arrêter les violences des Impériaux et leurs desseins en Italie. L'ambassadeur d'Espagne en Hollande protestait que , si les Anglois vouloient agir en faveur de l'empereur , ils n'auroient pour eux ni la France ni la Hollande , et que la nation angloise , trop intéressée pour son commerce, résisteroit, en ce cas, à Georges et à ses ministres. Saint-Saphorin , que le roi d'Angleterre faisoit négocier à Vienne, étoit totalement impérial. Il exagéroit les difficultés sur la Toscane comme insurmontables; il y étoit fortement appuyé par les ministres hanovriens. Ceux-ci firent ordonner à Stairs de presser le régent sur cet article. Il lui proposa même de convenir que la république de Pise seroit rétablie, que Livourne lui appartiendroit, et que le fils de la reine d'Espagne se contenteroit de Florence et de la partie de la Toscane qui avoit autrefois été de la dépendance de cette ville. Ces ministres hanovriens trouvèrent l'abbé Dubois trop aheurté sur cet article. Ils n'oublièrent rien pour persuader le régent, tantôt par les espérances, tantôt par les alarmes des troupes, que l'empereur enverroit incessamment en Italie, et d'une négociation secrète entre ce prince et le roi de Siciie. Le ministre piémontois à Londres se défioit de l'abbé Dubois, qui ne lui communiquoit rien de la négociation , quoique son maître lui eût positivement écrit que le régent vouloit qu'il en fût instruit. Monteléon , qui se loua quelque peu de temps de la conduite de l'abbé Dubois avec lui, de ses assurances de la parfaite intelligence qui alloit régner entre le roi d'Espagne et le régent, de ses desseins et de ses promesses de procurer dans la négociation toutes sortes d'avantages à Sa Majesté Catholique, ne trouva bieutôt plus que réserve et mystère
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et sans aucun allié, oseroit et pourroit seule entreprendre la guerre, le dessein d'Albéroni éloit d'entrer de bonne heure en campagne. Le duc de Parme l'en pressoit sans cesse comme de chose nécessaire pour le salut de l'Italie. Mais une raison secrète jetoit l'incertitude dans ses résolutions , et le retardement à l'exjcution de ses projets. Le roi d'Espagne, bien plus malade d'esprit que de corps , se croyoit sur le point de mourir à chaque instant, et persuadé que ses forces l'abandonnoient, il mangeoit pour les réparer avec tant d'excès que tout en étoit à craindre. Il se confessoit tous les soirs après son souper, et il retenoit son confesseur auprès de son lit jusqu'à ce qu'il se fût endormi. Il n'étoit pas permis à la reine de le quitter un seul instant. Ce prince étant donc hors d'état d'entendre parler d'aucune affaire , le pouvoir d'Albéroni étoit plus souverain que jamais. Il régloit tout et disposoit de tout au nom du roi; qui que ce soit n'osoit le contredire , et il avoit déclaré plusieurs fois aux secrétaires d'État que, si quelqu'un d'eux manquoit à son devoir pour l'exécution de ses ordres , il lui en coûteroit la vie.
On répandoit néanmoins dans le public que la santé du roi étoit parfaitement rétablie. Le P. Daubenton disoit à ses amis que ce prince avoit trop de scrupules. Tout occupé qu'il étoit auprès de lui, il ne laissoit pas d'apporter tous ses soins à trouver en Espagne des défenseurs à la constitution. Il y servoit d'agent non-seulement au pape, mais au cardinal de Bissy. Il avoit eu soin de faire tenir ses lettres au patriarche de Lisbonne, aussi bien que de solliciter les évèques et les chapitres d'Espagne d'écrire en faveur de la constitution. Il auroit voulu modérer leur zèle sur l'infaillibilité du pape , et sur la supériorité qu'ils lui attribuoient sur les conciles. Mais celte maxime étant le principe et le fondement de leur soumission sans réserve à la bulle, le jésuite qui l'avoit faite avec Fabroni , comme on l'a vu en son lieu , auroit en vain essayé de les empêcher , comme il disoit , de fourrer dans leurs écrits des maximes trèsdéplaisantes à la France. Le nonce Aldovrandi pressoit de son côté les évèques d'Espagne de faire au plus tôt une acceptation universelle, publique et positive de la constitution. Quoique , par les raisons de domination suprême qu'on a vues ci-devant , Rome n'eût pas approuvé les premières instances qu'il avoit faites pour la procurer, il crut qu'il devoit les continuer , même les redoubler. Elles lui parurent absolument nécessaires pour remédier au mal qui se répandoit dans l'Espagne. Le frein du saint-office retenoit encore les malintentionnés, et les obligeoit à se cacher ; mais on avertissoit le nonce qu'il n'en falloit pas moins prendre garde aux progrès qu'ils pourroient faire. Aldovrandi, continuellement occupé de sa fortune , n'étoit pas fâché de faire voir à la cour de Rome que c'étoit injustement qu'elle lui avoit reproché la démarche qu'il avoit faite pour exciter le zèle des évèques d'Espagne, et que cette cour n'avoit pas lieu d'être aussi sûre qu'elle le croyoit des sentiments de la nation espagnole. Je n'insère ce mot sur la constitution que parce qu'il est nécessaire par rapport à ce nonce sur les autres affaires. Il avoit à se justifier sur d'autres articles plus considérables, dont ses ennemis se servoient plus utilement pour le détruire dans l'esprit du pape.
Les Allemands faisoient un crime à Sa Sainteté de l'intelligence que ,