‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 46 sur 298 · MENACES DE L EMPEREUR · texte numérisé non relu

MENACES DE L EMPEREUR

par le moyen de son nonce , ils lui supposoient avec le roi d'Espagne pour l'entreprise de Sardaigne. Comme leurs reproches étoient ordinairement suivis des effets, le pape les sentoit tous par avance, et gémissoit de cette horrible calomnie, qui le présentoit à l'empereur comme complice du funeste manquement de parole du roi d'Espagne envers Sa Sainteté comme envers toute la chrétienté. Toute frivole et dénuée de tout fondement que le pape la disoit, elle venoit de lui attirer des réponses de Vienne dont Rome étoit consternée. L'empereur premièrement avoit refusé de recevoir le bref que le pape lui avoit écrit. Il avoit dit que , le roi d'Espagne ayant refusé celui que le pape lui avoit écrit sur l'entreprise de Sardaigne, il vouloit tenir la même conduite. Le nonce à Vienne avoit inutilement représenté que le bref avoit été remis au roi d'Espagne. Les ministres impériaux pour le démentir montrèrent une lettre de l'abbé de Maro , portant en termes formels que , par la collusion d'Aldovrandi avec Albéroni , jamais le bref n'avoit été présenté au roi d'Espagne; que le contenu lui en avoit été rapporté seulement, preuve, dirent-ils, de l'intelligence du pape avec le roi d'Espagne, et cause, par conséquent, du mauvais état où l'empereur avoit laissé la Sardaigne. Ils ajoutèrent des protestations de la plus terrible vengeance. Ils déclarèrent qu'ils feroient la paix avec les Turcs, à quelque prix que ce fût; que la France leur laissoit la liberté de faire tout ce qu'ils voudroient, déclarant qu'elle n'y prendroit pas le moindre intérêt. Ainsi l'empereur, ne craignant plus d'obstacle à ses desseins , fit dire au pape qu'il avoit donné ordre à ses minisires en Angleterre de cesser toute négociation de paix avec l'Espagne. Il prétendoit avoir déjà fait une ligue avec le roi de Sicile , et laissoit entendre que l'Italie en étoit l'objet. Enfin l'empereur, affectant une défiance, qu'il trailoit de juste, des intentions du pape, lui demanda pour sûreté de ses protestations et da sa conduite, la ville de Ferrave pour en faire sa place d'armes. Il demanda de plus le logement dans l'État ecclésiastique pour douze mille hommes. Il y joignit plusieurs autres circonstances exigées toutes comma des satisfactions, dont la cour de Rome eut horreur. Tout commerça avec la cour fut en même temps interdit au nonce; les ministres impériaux lui signifièrent qu'il étoit libre de se retirer de Vienne ou d'y demeurer, mais que, s'il prenoit ce dernier parti, son séjour et sa présence seroienl totalement inutiles. L'empereur déclara en même temps que c'étoit de son pur mouvement , et sans consulter aucun de ses ministres, qu'il avoit fait chasser le nonce de Naples: que cet ordre avoit été envoyé au comte de Galas, son ambassadeur à Rome, pour le faire exécuter, si le pape refusoit de lui accorder les satisfactions qu'il lui avoit demandées.

Ces nouvelles causèrent une étrange consternation dans le palais. Le pape, tremblant, ne connoisboit d'autres voies, pour apaiser la colère de l'empereur, que la soumission, même la bassesse, et de lui accorder toutes les satisfactions qu'il imposoil. Ses neveux . encore plus consternés, étoient aussi plus empressés que leur oncle, parce qu'il s'agissoit pour eux de perdre les revenus dont l'empereur les faisoit jouir dans le royaume de Naples, qui étoit le plus bel article de leurs Saint-Simon x. 6

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