‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 5 sur 298 · OBJET DU DUC DE LORRAINE DANS SON VOYAGE · texte numérisé non relu

OBJET DU DUC DE LORRAINE DANS SON VOYAGE

le maréchal de Villeroy le traita magnifiquement , avec beaucoup de dames , el leur donna une grande musique. Quelques jours après , M. de Lorraine dîna cliez l'ambassadeur de l'empereur : il élpit là plus dans son centre. Mme la duchesse de Lorraine fut voir danser le ballet du roi, et quelques jours après voir, avec M. de Lorraine, Mlle sa nièce à Chelles, qui y avoit pris l'habit, puis avec Madame aux Carmélites, oîi Mme la duchesse de Berry se trouva. Mme et M. le duc d'Orléans firent chacun un présent magnifique à Mme .a duchesse de Lorraine, dont le séjour à Paris fut à diverses fois prolongé. Le 15 mars, Mme la duchessa de Berry alla de bonne heure se baigner à Saint-Cloud; M. le duc d'Orléans y mena Mme la duchesse de Lorraine l'après-dînée. Ils soupèrent tous de fort bonne heure dans la petite maison de Mme de Mare, avec elle, leur ancienne gouvernante, et ce souper fut poussé fort tard. Le duc de Lorraine avoit dîné le même jour chez la comtesse d'Harcourt, dont le mari avoit eu la pension de .seize mille livres de notre monnoie, qu'il donnoit au feu prince Camille. M. de Lorraine fut quelques jours après voir Chantilly; après, avec Mme la duchesse de Lorraine, voir Mme la princesse de Conti, fille du roi, à Choisy, et voir encore Mademoiselle à Chelles. Mme la duchesse de Lorraine, étant au Cours, y trouva le roi , et arrêta devant lui comme de raison. Le roi passa dans son carrosse sans lui rien dire. Le lendemain , le duc de Lorraine alla voir la reine d'Angleterre à Saint-Germain , et Mme de Lorraine fut à la comédie françoise, qu'elle n'avoit vue que sur le théâtre de l'Opéra. Le même soir M. le duc d'Orléans soupa avec le duc de Lorraine à Luxembourg chez Mme la duchesse de Berry. Le 29 mars, M. et Mme de Lorraine allèrent voir Versailles, et le 1" avril de bonne heure voir Marly, rabattirent à Saint-Cloud, où M. le duc d'Orléans les promena fort et leur donna à souper dans la petite maison de Mme de Mare, avec elle; quelques jours après M. le duc d'Orléans les mena dîner chez d'Antin.

Tout ce voyage et tous ces divers délais n'avoient d'objet que l'arrondissement de la Lorraine, dont aucun duc ne gagna jamais tant, si gros ni à si bon marché que celui-ci, el ne fut pourtant jamais si peu considérable. M. le duc d'Orléans aimoil fort Mme sa sœur, avec laquelle il avoit été élevé et [avoit] vécu jusqu'à son mariage avec le duc de Lorraine. Il avoit pour Madame un respect timide , qui opéroit une déférence extrême quand elle n'attaquoit ni ses goûts ni ses plaisirs, et Madame, qui aimoit extrêmement Mme sa fille, avoit une passion aveuglément allemande pour le duc de Lorraine son gendre, pour sa famille, pour sa grandeur. Il étoit parfaitement bien informé de toutes ces choses ; il en avoit eu de grandes preuves en son premier voyage , comme on l'a vu alors. Tout Autrichien qu'il étoit, il avoit eu grand soin de cultiver ces dispositions par toutes les attentions possibles de Mme sa femme et de lui-même, et il en sut tirer le plus grand parti dans cette régence de M. le duc d'Orléans, dont il ne manqua pas la conjoncture. Ainsi dans le temps le plus mort pour lui , où sans places , sans troupes , environné, enchaîné de toutes parts, par la France, il ne pouvoit être d'aucun usage à qui que ce soit en aucun temps , il n'en conçut pas moins le dessein

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