CHAPITRE VIII
Affaires du nord. — La France paroît vouloir lier étroitement avec la Prusse. — Holhindois , fort en brassière entre l'Espagne et les autres puissances, veulent conserver la paix. — Adresse de Monteléon dans ses représentations à Albéroni , sous le nom de l'abbé Dubois, en faveur de la paix. — Menaces de l'Espagne méprisées en Angleterre, dont le parlement accorde au roi tout ce qu'il demande pour les dépenses de mer. — Insolence de Penleirieder. — Ses manèges et ses propositions à l'envoyé de Sicile très-dangereuses pour la France. — Vanleries et bévues de Beretti. — Le roi de Sicile soupçonné de traiter secrètement avec l'empereur. — Raisonnements d'Albéroni sur ce prince, sur les Impéri-iux et sur la France. — Fortes protestations et déclarations de l'Espagne à Paris et à Londres. — Efforts et préparatifs d'Albéroni. — Ses plaiar.i^. — Albéroni imagine de susciter la Suède contre l'empereur. — Naio/jé échoue à Madrid. — Albéroni le veut retenir jusqu'à la réponse de V-^nne. — Concert entre Nancré et le colonel Stanliope. — Adresse de ce dernier repoussée par Albt^roni. — Grands préparatifs hâtés en Espagne. — Le marquis de Lede et Patino mandés à Madrid.
Depuis le mois de février , on commençoit à voir quelque apparence de réconciliation entre le czar et le roi de Suède. Le comte de Gyllembourg, auparavant employé en Angleterre ., avoit fait quelques propositions de paix de la part du roi de Suède , et le czar avoit envoyé deux hommes à Abo , pour écouter et discuter les offres qu'il voudroit faire. Le czar avoit eu grand soin auparavant d'assurer le roi de Prusse qu'il ne seroit question que de préliminaires , que d'ailleurs il ne traiteroit que de concert Rvec ce prince , et qu'il ne décideroit rien sans savoir auparavant ses sentiments. Les flatteries et les apparences réussissoient à la cour de Berlin , et le roi de Prusse étoit infiniment plus touché des att-entions du czar que de tout ce qu'il pouvoit attendre de la part de la France et de l'Angleterre , qui véritablement ne marquoient pas pour lui les mêmes égards. Le régent avoit cependant employé les offices du roi et les siens auprès du roi de Suède, pour procurer au roi de Prusse la paix aux conditions qu'il désiroit. Mais de simples instances sans effets ne suffi^ient pas pour contenter la cour de Berlin. Elle croyoit que rien ne tic feroit en France que par la direction de l'Angleterre , et que les confidences faites à son Altesse Royale étoient des confidences faites aux Anglois.
Le roi de Prusse , se croyant donc sûr du czar , et persuadé qu'il ne feroit point de paix séparée , perdit la pensée qu'il avoit eue d'envoyer un ministre à Stockholm : mais avant de l'abandonner, les ministres apparemment l'avoient laissé pénétrer , car il eut peine à dissiper les bruits qui se répandirent de la destination du baron de Kniphausen pour cette commission. Il n'oublia rien pour effacer les soupçons que le czar, qu'il vouloit ménager, pouvoit concevoir de cet envoi. Il fit à peu près les mêmes diligences auprès du régent pour le détromper de cette opinion; il auroit bien voulu l'engager à prendre avec lui des mesures sur les affaires de Pologne. Il craicnoit l'effet des desseins que le roi Auguste