‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 69 sur 298 · HOLLANDOIS, FORT EN BRASSIÈRE · texte numérisé non relu

HOLLANDOIS, FORT EN BRASSIÈRE

cessaires pour cette communication. Kniphausen, envoyé de Prusse a Paris , se réjouissoit de voir que ceux qui étoient à la tête des affaires pensoient que les alliances les plus naturelles et les plus solides pour la France étoient celles qu'elle formeroit avec le roi de Suède et celui de Prusse. Il se flattoit même que, s'il étoit possible de conduire les affaires du nord à une bonne fin , les liaisons que la France prenoit avec l'Angleterre ne subsisteroient pas longtemps, parce que l'esprit ni le goût de la nation n' étoit porté à se lier ni avec l'Angleterre ni avec l'empereur. On croyoit d'ailleurs que le régent lui-même étoit ébranlé sur les affaires d'Espagne , et qu'il pourroit changer de plan si on pouvoit gagner du temps. Kniphausen assura son maître qu'il n'y avoit rien de visionnaire dans les avis qu'il lui donnoit sur ce sujet, qu'ils étoient conformes aux discours que tenoient les principaux et les plus accrédités seigneurs de la cour de France; que même le maréchal d'HuxeUes l'avoit assuré que le roi n'oublieroit rien pour procurer au roi de Prusse les moyens de finir la guerre du nord à l'avantage et à la satisfaction de ce prince; cette base étant nécessaire pour établir ensuite une amitié solide et permanente , qu'elle seroit cultivée à l'avenir par l'attention que la France donneroit aux intérêts du roi de Prusse, qu'elle vouloit désormais regarder comme les siens propres ; qu'elle feroit telle alliance qu'elle souhaiteroit , qu'elle y feroit entrer telles puissances qu'elle jugeroit à propos; enfin qu'il ne falloit pas qu'il fût étonné ni rebuté par les ménagements que la France avoit eus depuis quelque temps, et qu'elle pourroit encore avoir pour l'Angleterre, parce qu'il falloit continuer à tenir la même conduite jusqu'à ce qu'on pût parvenir au but qu'on se proposoit. Kniphausen fit d'autant plus de réflexions à ce discours du maréchal d'Huxelles que , lorsqu'il fut fini , il lui demanda un grand secret de tout ce qu'il iui avoit confié. L'envoyé entendoit d'ailleurs les discours généraux qu'on tenoit au sujet de la guerre d'Espagne.

Ce n'étoit pas seulement en France qu'elle recevoit des contradictions; les ministres d'Angleterre trouvoient aussi de fortes oppositions en Hollande. Ils se plaignoient d'y voir un parti favorable ? ix Espagnols par la seule raison de contredire l'Angleterre en toutes choses. Si ce parti n'étoit pas assez considérable ni assez puissant pour apporter aucun changement aux maximes suivies depuis longtemps, il l'étoit cependant assez pour causer beaucoup d'embarras , même d'obstacles aux affaires les plus importantes; il profitoit de la disposition de l'État généralement porté à vivre en bonne amitié avec l'Espagne , car alors le seul désir des Hollandois, et le seul point qu'ils croyoient conforme à leurs intérêts , étoit de conserver la paix , et par ce moyen le commerce de la nation. Malgré cette disposition , les Hollandois , craignant excessivement de déplaire à l'empereur et à l'Angleterre, n'osèrent accorder à l'ambassadeur d'Espagne la permission d'acheter des vaisseaux de guerre , dont le roi d'Espagne vouloit faire l'emplette en Hollande ; quoique Beretti se vantât toujours que son habileté l'emporteroit sur les manèges de tous ceux qui s'y opposoient; que les ami'-autés d'Amsterdam et de Rotterdam demandoient aux États généraux la permission d'en

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