‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 70 sur 298 · VEULENT CONSERVER LA PATX · texte numérisé non relu

VEULENT CONSERVER LA PATX

vendre à l'Espagne, et que le Pensionnaire, loin de s'y opposer, avoit répondu : « si nous en avons trop , pourquoi n'en pas vendre à nos amis? » Ainsi Beretti , se comptant sûr de son fait n'éloit plus en peine que du payement, et Schreiner, capitaine de vaisseau en Hollande, lui offrit des matelots et des officiers, et de les conduire en Espagne, tous capables de bien servir. Beretti ne fut pas si content du greffier Fagel , qui lui représenta les difficultés de cette affaire , et qui ne lui promit que foiblement ses services là-dessus. Il ne fut pas plus gracieux aux plaintes que lui fit Beretti des conditions du traité qui donnoient des États, disoit-il, à l'empereur, et du papier au roi d'Espagne. Fagel combattit toujours ses raisons , et lui dit qu'on donneroit de telles sûretés à l'Espagne que les papiers ne seroient pas sujets à la moindre altération. Tout étoit encore en suspens en attendant le succès de l'envoi de Schaub à Vienne et de Nancré à M^arid. Le projet de traité n'avoit pas encore été communiqué en fc»me aux Etats généraux ; le public en pénétroit les principales conditions, mais en ignoroit le détail; on ne savoit même jusqu'à quel point la France concourroit aux desseins de l'Angleterre.

Beretti , avec sa prétendue sécurité , ne laissoit pas de craindre de ne pouvoir empêcher la Hollande de se soumettre aux idées d.? l'Angleterre si elle étoit véritablement d'accord avec la France; cette république se trouvoit environnée parterre des États de l'empereur, et son commerce par mer seroit ruiné par l'Angleterre, si elle osoit contredire ses vues, jointes à celles de la France. On vouloit encore douter à Madrid des intentions de cette dernière couronne; ainsi Beretti eut ordre d'agir de concert avec Châteauneuf pour y traverser les négociations du marquis de Prié. Beretti comptoit que jamais l'empereur n'obligeroit la république de prendre aucun engagement contre l'Espagne, et que les principaux moteurs de la ligue auroient tant d'affaires chez eux qu'il ne leur seroit pas libre de se mêler du dehors. Il prcvoyoit avec les politiques l'union prochaine du czar très-mécontent de l'Angleterre avec le roi de Suède et celui de Prusse, qui seroit fatale à l'Angleterre et à l'empereur, duquel l'électeur de Bavière devenoit l'ennf.mi , lequel dissimuloit son dépit de ne pouvoir obtenir pour le prince électoral son fils une des archiduchesses, porté d'ailleurs pour les intérêts du roi d'Espagne. Ce fut un grand sujet de joie pour Beretti de recevoir dans ces circonstances un projet dressé par la compagnie des Indes occidentales de Hollande pour convenir avec le roi d'Espagne d'un nouveau règlement à faire sur le commerce que les directeurs de cette compagnie croyoient également avantageux de part et d'autre. Ils demandoienl le secret, et Beretti regardoit comme une victoire d'accoutumer les Hollandois à s'approcher des Espagnols, soit pour le commerne, soit pour le militaire, persuadé que quelque jour les effets en seroient très-utiles à "l'Espagne.

Monteléon , qui connoissoit à quel point Albéroni étoit éloigné du projet et de la paix, et qui n'osoit lui déplaire, craignoit une rupture avet l'Angleterre, et continuoit sa même adresse de représenter au premier ministre sous le nom de l'abbé Dubois, ce qu'il lui avoit dit ou ce ([u'il

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supposoit qu il en avoit appris , n'osant hasarder ses représentations sous le sien. Il assura donc Albéroni qu'il savoit positivement de cet abbé que la cour de Vienne n'accepteroit pas le projet , qu'elle se tiendroit même offensée de la proposition que le roi d'Angleterre lui en avoit faite. L'abbé Dubois prétendit même qu'il avoit déjà fort pressé le roi d'Angleterre et les ministres anglois particulièrement Stanhope, d'employer enfin la force pour arrêter l'humeur ambitieuse de l'empereur , l'unique moyen d'empêcher qu'il ne mît l'Europe en feu étant que la France, l'Espagne et l'Angleterre , unies ensemble , prissent des mesures pour s'y oppoeer. Monteléon ajouta qu'il savoit , mais sous le secret et par un effet de la confiance intime que l'abbé Dubois avoit en lui , qu'il gagnoit du terrain peu à peu , mais qu'enfin ce progrès seroit inutile si l'Espagne , de son côté , ne s'aidoit; qu'elle devoit se conformer à la constitution délicate, extravagante et presque inexplicable du gouvernement d'Angleterre , et faciliter au ministère anglois le moyen de se déclarer à découvert contre la cour de Vienne. Ce moyen étoit que le roi d'Espagne fît voir qu'il ne prenoit pas en mauvaise part, et qu'il ne méprisoit pas les conditions du projet communiqué par l'Angleterre. Que, si Sa Majesté Catholique y trouvoit des difficultés , elle pouvoit les représenter , mais sans rompre les liens d'amitié et de confiance avecle roi d'Angleterre; qu'elle devoit, au contraire, pour son intérêt laisser une porte ouverte aux expédients sans déclarer une volonté déterminée de vouloir la guerre à toute force ; que cette conduite prudente seroit totalement contraire à la négative hautaine et absolue que les ministres anglois attendoient de Vienne ; qu'ainsi le roi d'Espagne mettroit cette cour dans son tort , et qu'il engageroit la nation angloise en général à se déclarer pour lui ; que le ministère anglois, animé déjà contre les Impériaux, agiroit contre eux plus librement lorsqu'il croiroit le pouvoir faire avec sûreté ; qu'il étoit encore dans la crainte , parce que , s'il paroissoit porté pour l'Espagne sans avoir de sujet évident de se plaindre de l'empereur , les whigs mécontents, qui parloient alors en faveur de cette couronne, changeroient aussitôt de langage et de sentiment.

Ces discours vrais ou supposés que Monteléon mettoit dans la bouche de l'abbé Dubois, étoient tirés, disoit-il, de ses conversations avec les ministres anglois , et croyant ces considérations importantes , cet abbé l'avoit prié de ne pas perdre un moment à les faire savoir au roi son maître. Toutefois cet ambassadeur, quoique prévenu de l'importance dont il étoit de faire tomber sur la cour de Vienne la haine du refus, et persuadé de la nécessité de conserver une bonne intelligence avec la cour d'Angleterre , n'avoit osé différer de présenter le mémoire qu' Albéroni lui avoit ordonné de remettre aux ministres d'Angleterre au sujet de l'escadre angloise destinée pour la Méditerranée. Le seul effet de ce mémoire fut dexercer à Londres les raisonnements des politiques ; d'ailleurs , il ne suscita pas le moindre obstacle aux desseins du roi d'Angleterre. Ce prince, prévoyant qu'il seroit obligé d'augmenter les dépenses de la marine, demanda qu'il fût réglé par un acte du parlement que le parlement suivant abonneroit ces dépenses. Il l'obtint, en sorte que par f;ot acte il devint le maître d'envoyer des escadres où il le jugeroit à

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propos, les fonds pour la dépense étant déjà assignés. Ainsi Penterrieder n'eut pas la moindre inquiétude ni du mémoire présenté par Monleléon, ni des représentations que quelques négociants, surtout des intéressés dans VAsiento ' , firent sur le préjudice que l'interruption de la bonne correspondance avec l'Espagne feroit à leur commerce, car, encore que l'empereur n'eût pas accepté le traité au commencement de mars , il n'en étoit pas moins sûr de la route que l'escadre angloise tiendroit vers les côtes d'Italie. Penterrieder en parloit en ces termes à La Pérouse , et pour faire voir la modération et la clémence de Sa Majesté Impériale , il assuroit qu'elle n'enverroit pas même de troupes en Italie, ne voulant inquiéter personne, mais faire du bien à tout le monde. Pour le prouver elle avoit intention d'accorder au roi d'Angleterre l'investiture de Brème et de Verden , lorsque la campagne seroit finie.

Cette bénignité accoutumée de la maison d'Autriche devoit engager le roi de Sicile à rechercher les bonnes grâces de l'empereur ; c'étoit au moins le discours de Penterrieder. Il faisoit agir auprès de Provane le secrétaire de Modène qui étoit à Londres; il laissoit entrevoir des apparences nouvelles à un accommodement, et faisoit espérer que l'empereur pourroit enfin se radoucir , à mesure que le rcj de Sicile feroit des pas pour regagner ses bonnes grâces. Il disoit qu'il falloit cherclier des équivalents pour l'échange de la Sicile; que, s'il étoit impossible d'en convenir, il ne le seroit pas de céder au roi de Sicile le royaume de Naples pour les posséder tous deux ensemble , donnant en échange les autres États qu'il possédoit actuellement. La Pérouse , flatté de se trouver chargé d'une négociation secrète avec le ministre de l'empereur à Londres, pendant que la négociation d'une paix générale occupoit toute l'attention publique , n'oublioit rien pour faire croire à son maître que la voie qu'il avoit ouverte pour négocier étoit la plus sûre et la meilleure qu'il pût trouver, et qu'il n'auroit pas même à craindre d'être traversé par les Anglois , quoique promoteurs du projet dont on attendoit les réponses de Vienne et de Madrid. Il s'appuyoit sur les assurances que Penterrieder lui avoit données, que tout le ministère auglois, sans en excepter ni Stanhope, ni Craggs, étoit entièrement dévoué à l'empereur; que toutes les caresses faites à l'abbé Dubois étoient pures grimaces; que l'escadre destinée pour la Méditerranée partiroit au plus tôt; que déjà le consul anglois de Naples avoit ordre de faire préparer les provisions pour elle; qu'il n'y avoit point à se mettre en peine des murmures de la nation angloise ; qu'au fond , elle craignoit peu de rompre avec l'Espagne , parce que cette interruption ne pouvoit durer plus d'un an ; que , pendant cet espace de temps, il se formeroit des compagnies angloises qui se dédommageroient dans les Indes espagnoles de la saisie que l'Espagne pourroit faire en Europe. Quelques armateurs même oiVroientà Penterrieder d'arborer le pavillon de l'empereur, et de faire des courses sur les Espagnols dans la .Méditerranée, si ce prince vouloit leur donner des commissions.

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