‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 76 sur 298 · MANÈGES SUR L'ESCADRE ANGLAISE · texte numérisé non relu

MANÈGES SUR L'ESCADRE ANGLAISE

gociatiou i'aisoit de grands progrès. On voyoit néanmoins les préparatifs de guerre pressés avec plus de diligence que jamais, et que les discours des gens qui pouvoient être instruits ne tendoient nullement à la paix. Castaiieda, chef d'escadre, envoyé depuis quelque temps en Hollande, pour y acheter des vaisseaux pour l'Espagne , reçut de nouveaux ordres d'en revenir. Albéroni avoit besoin de lui pour l'exécution de ses desseins , et fatigué des difficultés qui , malgré la confiance de Eeretti , retardoient toujours cette affaire, le cardinal dit qu'il n'en avoit plus besoin, et que l'Espagne avoit assez de navires pour se faire respecter dans la Méditerranée, résolue, à quelque prix que ce fût, d'assurer l'équilibre de l'Europe ou de la mettre toute en combustion. Outre les ministres impériaux, ceux d'Angleterre et de Portugal, quoique sans guerre , avoient traversé tant qu'ils avoient pu l'achat des vaisseaux. Beretti ne s'en étoit pas moins vanté comme on l'a vu ; il voulut même prendre à bon augure la nomination qui fut faite de députés pour examiner cette affaire, et dit à Castaiieda, qui en jugeoit bien plus sainement, que c'étoit par le peu d'usage qu'il avoit de la forme du gouvernement en Hollande. L'armement de cette république pour la Baltique étoit encore incertain; mais celui de l'escadre angloise pour la Méditerranée étoit public avec sa destination pour cette mer , surtout depuis les menaces de Monteléon là-dessus. Les ministres d'Espagne ne savoient quel parti le régent prendroit en cette occasion pour ou contre leur maître, ou s'il demeureroit neutre, et Beretti se plaignoit amèrement du silence de Madrid, et de se trouver en des conjonctures si difficiles sans ordres et sans intructions. Monteléon dans Londres n'en recevoit pas plus que lui à la Haye. Albéroni désiroit peut-être qu'ils fissent des fautes, et croyoit utile de conserver la liberté de désavouer les ministres d'Espagne , et les engagements qu'ils auroient pris quand il lui plairoit de le faire; il ne s'éloit encore expliqué précisément que sur l'envoi de l'escadre angloise , par le mémoire qu'il avoit fait présenter par Monteléon. La cour et ses partisans affectoient de souhaiter la paix, et répandoient dans le publio que l'envoi de cette escadre n'avoit d'autre objet que de faire valoir la médiation de l'Angleterre , et de procurer plus aisément par là une tranquillité générale. Ceux qui étoient opposés à la cour de tout parti favorisoient l'Espagne , pour contredire Georges et ses ministres. Les négociants étoient alarmés dans la vue de l'interdiction prochaine de leur commerce. Monteléon , parmi ces différentes dispositions, continuoit de conseiller de faire tomber sur la cour de Vienne le blâme du refus des conditions du traité, en différant une réponse absolument négative, et se contentant, en attendant la réponse de Vienne, de représenter doucement les inconvénients de ces conditions. Lui-même agissoit dans cet esprit auprès de l'abbé Dubois, et il interprétoit en mal tout ce que l'empereur faisoit dire par le roi d'Angleterre, tendant au refus ou à l'acceptation. On savoit qu'il y avoit à Vienne des émissaires^ du roi de Sicile, qui traitoient avec le prince Eugène fort secrètement, et la négociation passoit pour avancée. Schaub voulut demander quelque éclaircissement là-dessus , mais il n'en put tirer d'autre sinon que la négociation existoit. Monteléon n'oublia rien pour rendre les Impériaux

Page 1