MISÈRE DU CONSEIL DE RÉGENCE
L'afTaire n'éloit pas assez friande pour tenter le maréchal d'Huxelles ni pour lui donner de la jalousie, ravi qu'il fût de tirer son épingle du jeu pour fronder après tout à son ai^e avec son ami M. du Maine, qui ne damandoit pas mieux qu'à voir faire au régent des choses qu'on pût justement lui reprocher, tandis qu'il lui cherchoit des crimes dans les plus innocentes, même dans les plus utiles, iiuxelles approuva et mit le régent fort à l'aise.
Saint-Contest étoit Thomme qu'il lui falloit pour ne chercher qu'à lui plaire et ne regarder à rien par delà. Il avoit de la capacité et de l'esprit, infiniment de liant, et sous un extérieur lourd, épais, grossier et simple , beaucoup de finesse et d'adresse , une oreille qui entendoit à demi-mot, un désir de plaire au-dessus de tout qui ne laissa rien à souhaiter au régent ni au duc de Lorraine dans tout le cours de cette afiaire , qui ne fut pas long.
Lorsqu'elle fut bien avancée , M. le duc d'Orléans , à qui il en rendoit souvent compte, songea à s'assurer des principaux du conseil de régence. Les princes du sang, avides pour eux-mêmes, et d'ailleurs n'entendant rien et ne sachant rien, n'étoient pas pour lui résister; les bâtards pinces de si frais et qui craignoient pis, encore moins, outre la raison qui vient d'être touchée sur le duc du Maine; le garde des sceaux, à peine en place, ne songeoit qu'à s'y conserver; le maréchal de Villeroy, qui auroit eu là de quoi exercer dignement son amertume , étoit tenu de court dans cette affaire par son beau-frère le grand écuyer, devant lequel de sa vie il n'avoit osé branler. Tallard, son protégé, étoit d'ailleurs tenu aussi de court par les Rohan , soumis à Mme de Remiremont et à Mme d'Espinoy. Le duc de Noailles et son ami d'Effîat n'avoient garde de résister quand il ne s'agissoit ni du parlement ni de la robe. Le matamore Villars étoit toujours souple comme un gant. Le maréchal d'Estrées sentoil, savoit, lâchoit quelque demi-mot, mais mouroit de peur de déplaire, et se^dédommageoit, ainsi que le maréchal d'Huxelles, en blâmant tout bas ce qui se faisoit aux uns et aux autres, à quoi ils n'avoient pas la force de contredire le régent. La différence étoit qu'Estrées étoit fâché du mal sincèrement et en honnête honime; Huxelles, au contraire, pour s'en donner l'honneur, verser son fiel, et quand les choses ne touchoient ni à son personnel ni à ses vues, étoit ravi des fautes et en doit sous cape, comme il fit en cette occasion, ainsi nue M. du Maine. D'Antin étoit trop bas courtisan et trop mal en selle auprès du régent pour oser souffier. Pour la queue du conseil, elle n'osoit donner le moindre signe de vie , sinon Torcy , quelquefois pressé de lumière et de probité, mais si rarement et avec tant de circonspection, que cela passoit de bien loiu la modestie.
M. le duc d'Orléans, qui n'avoit pas oublié mon aventure avec lui au conseil et la convention qui l'avoit suivie, que j'ai racontée (ci-dessus, p. 83) et qui se douta que je ne serois pas aisé à persuader sur ce traité, m'en parla à trois ou quatre diverses fois avec grande affection. Je lui représentai ce que je viens d'expliquer tant sur le démembrement des parties considérables de la Champagne, que sur le traitement d'Aitesse Kuyale. Je le fis souvenir qu'outre que M. de Lorraine étoit sans aucun