‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 7 sur 298 · LE RÉGENT ENTRAÎNÉ · texte numérisé non relu

LE RÉGENT ENTRAÎNÉ

salem , n'avoit pas été si heureuse. Leur foiblesse , ni k situation de leur étal n'influoit en rien dans l'Europe, dont aucune cour n'avoit besoin d'eux. Le duc de Savoie, au contraire, pouvoit beaucoup à l'égard de l'Italie et de tous les princes qui y avoient ou y vouloient posséder des États , et qui y vouloient porter ou en éloigner la guerre ; c'est ce qui fit toute la différence entre les chimères d'ailleurs pareilles de Chypre et de Jérusalem. Rien donc de semblable entre ces deux souverains, sinon d'avoir l'un et l'autre épousé deux petites-filles de France , sœurs de M. le duc d'Orléans, jouissant toutes deux du traitement d'Altesse Royale, sans que pas une des deux l'ait communiqué à son époux. Tel étoit l'état véritable des choses quand le duc de Lorraine crut le temps favorable , et qu'il en voulut profiter.

M. le duc d'Orléans , attaqué par les soumissions en discours et les supplications du duc de Lorraine , par les ruses et les ressorts des gens qui y étoient maîtres en dessous , tels que M. de Vaudemont et ses deux nièces , par les prières et les amitiés continuelles de Mme la duchesse de Lorraine , qui d'ailleurs se fit toute à tous , avec une attention infinie , excepté pour Mme du Maine , M. du Maine et le cardinal de Bissy sur lesquels elle ne se contraignit pas ; enfin , emporté par l'impétuosité impérieuse de Madame, qui n'oublia journellement rien pour la grandeur de son gendre , la foiblesse succomba , mais l'exécution l'embarrassoit.

Il sentit bien quelle étrange déprédation il alloit faire sur la glèbe de la couronne et sur sa majesté , qui lui étoient l'une et l'autre confiées et remises en sa garde pendant la minorité , et sans le moindre prétexte. Il ne sentoit pas moins ce qui s'en pourroit dire un jour. Il comprit que dans ces commencements de mouvements qu'il ne pouvoit se dissimuler par la cadence de ceux de cette prétendue noblesse , du parlement et de la Bretagne, il trouveroit peut-être une opposition dans le maréchal d'Huxelles , qui pouvoit le faire échouer , mais que , évitant de le rendre l'artisan du traité , il le pouvoit compter plus flexible quand il ne s'agiroit simplement que d'opiner.

Il le cajola donc , et lui fit entendre qu'ayant beaucoup de petites choses locales à ajuster avec le duc de Lorraine et des prétentions à discuter de sa part , il croyoit que ces bagatelles , qui vouloient être épluchées , lui donneroient plus de peine qu'elles ne valoient et lui feroient perdre un temps mieux employé ; que , de plus , il falloit quelqu'un qui fût au fait de toutes ces choses, qui par conséquent entendroit à demi-mot et qui fût encore rompu dans la connoissance de la petite cour de Lorraine ; que ces raisons lui avoient fait jeter les yeux sur Saint- Contest, qui avoit été si longtemps intendant de Metz, qui savoit par cœur le local, les prétentions et la cour de Lorraine, qui de plus avoit été troisième ambassadeur à Bade, où la paix de l'empereur, qui avoit tant porté les intérêts du duc de Lorraine, et celle de l'empire avoient reçu leur dernière main, et qu'il pensoit que Saint-Contest étoit celui qu'il pouvoit choisir comme le plus instruit et le plus propre à travailler au traité, comme commissaire du roi , avec ceux du duc de Lorraine et en rendre compte après au conseil de régence.

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