SAGES RÉFLEXIONS DE CELLAMARE
lecteurs de la maison d'Autriche, ils insulteroient pour lui plaire les États d'Espagne en Europe et en Amérique. Cellamare le prévoyoit, mais il auroit mal fait sa cour en Espagne , s'il eût annoncé quelque suite fâcheuse des résolutions où le premier ministre vouloit entraîner son maître. Ainsi Cellamare se contenta de mettre dans la bouche des personnes sensées, ce qu'il n'osoit dire comme son propre sentiment, encore usa-t-il de la précaution de rapporter ces réflexions comme un eiïet de la terreur qui s'éloit emparée de tous les esprits, ou d'une prostitution générale. C'étoit sous ces couleurs qu'il rapportoit les dilTérents jugements qu'on faisoit du parti que prendroit le roi d'Espagne.
Cellamare inclinant à la paix, parce qu'il en voyoit la nécessité, disoit que l'opinion commune étoit que Sa Majesté Catholique en accepteroit les conditions conditionnellement, c'est-à-dire qu'elle les soumettroit à la discussion des ministres assemblés, et que cependant il n'y auroit rien de conclu ni d'exécuté jusqu'à ce que toutes les parties intéressées eussent été entendues. Son idée étoit de profiter du bénéfice du temps propre à guérir les maladies les plus dangereuses, et pour appuyer ce sentiment il citoit l'autorité du comte de Peterborough , qui lui avoit dit que l'empereur étoit très-éloigné de renoncer à ses droits imaginaires; que ce prince ne consentoit au projet que parce qu'il étoit bien persuadé qu'il n'auroit pas lieu, que le roi d'Espagne le rejetteroit, et que l'empereur par sa docilité apparente se concilieroit l'amitié des médiateurs. Ainsi l'ambassadeur d'Espagne conseilloit à son maître de combattre ses ennemis par les mêmes armes qu'ils prétendoient employer pour l'attaquer , et de contre-miner leur artifice en affectant de faire paroître encore plus de penchant pour la paix et plus de douceur qu'ils n'en témoignoient pour s'accorder sur les conditions. Son but étoit de procurer une assemblée où les ministres de toutes les parties intéressées conviendroient des conditions d'une paix générale. C'étoit dans cette conjoncture que Cellamare jugeoit que le roi d'Espagne parviendroit à rompre le dangereux fil de cette trame mal ourdie , qui réunissoit tant ae puissances contre Sa Majesté Catholique. Jusqu'alors elle n'avoit, selon lui, d'autre parti à prendre que de prolonger la négociation, et pour y réussir , il conseilloit de demander premièrement une suspension d'armes , parce que le roi d'Espagne ne pouvoit seul, et par ses propres forces, établir et conserver l'équilibre de l'Europe, malgré l'aveuglement universel de tous les autres princes. La demande d'une suspension engageroil vraisemblablement les alliés à demander aussi au roi d'Espagne de retirer ses troupes de la Sardaigne , et de la remettre entre les mains d'un tiers pour la garder en dépôt jusqu'à la conclusion du traité de paix. En ce cas, Cellamare conseilloit à son maître d'insister sur le dédommagement de l'inexécution des traités que l'empereur avoit faits peu d'années auparavant pour retirer ses troupes de Catalogne , sans avoir ôdlisfait aux principales conditions de ces traités. Il prévoyoit que les prétentions réciproques sur ces matières donneroienl lieu à de longues contestations , et comme les Allemands pourroient cependant en venir aux insultes, que même ils seroienl peut-être soutenus par les Ànglois,