‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 83 sur 298 · NOUVELLES SCÉLÉRATESSES DE BENTIVOGLIO · texte numérisé non relu

NOUVELLES SCÉLÉRATESSES DE BENTIVOGLIO

czar et le roi de Suède; que les forces de ces deux princes étant réunies, le roi de Suède s'embarquoil pour aller faire une descente en Angleterre, et rétablir le roi Jacques sur le trône de ses pères. Tout événement capable de déranger les mesures du gouvernement lui paroissoit d'autant plus à souhaiter qu'il croyoit, et qu'il tâchoit de persuader au pape, qu'il ne devoit rien attendre de bon pour Rome de la France, etc.

Le pape étoit bien moins occupé et touché des affaires de la constitution en France, qu'il ne l'étoit des affaires d'Espagne. Il trembloit de voir la flotte et les troupes de celte couronne venir fondre en Italie , et de la demande qu'elle lui avoit faite de ses ports pour son armée navale , à quoi il ne savoit que répondre. Il étoit bien plus en peine d'apaiser les Allemands qui , sans le croire , l'accusoient d'intelligence contre eux avec l'Espagne, pour le tenir sans cesse dans la frayeur et la souplesse k bur égard , et l'obliger ainsi à n'oublier rien pour détourner l'orjge qui les menaçoit en Italie, tandis que la Hongrie les occupoit encore presque tous. Le pape tâchoit donc de toucher le roi d'Espagne par le souvenir de tant de grâces qu'il lui avoit faites, sans exiger de lui aucune satisfaction pour les ollenses qu'il en avoit souffertes pendant huit ans. Sa Sainteté vouloit que Sa Majesté Catholique lui tînt compte d'avoir détourné l'empereur de poursuivre ses prétentions par l'avoir engagé à la guerre de Hongrie pendant tout le cours de laquelle il lui avoit promis qu'il ne seroit point attaqué en Italie. Le pape se plaignit amèrement de l'entreprise de Sardaigne, malgré ces engagements, du mépris de ses représentations et de l'odieux soupçon que cette conduite donnoit aux Impériaux, qui l'accusoient d'intelligence avec l'Espagne contre l'empereur. Une vive péroraison se termina par les plus fortes menaces , si le roi d'Espagne ne cessoit tous ses préparatifs. Le bruit que fit l'empereur à Rome de l'accusation qu'on a vu plus haut qu'il y avoit fait porter contre Albéroni sur un prétendu traité qu'il avoit fait avec la Porte, fut vivement renouvelé; obligea le pape d'écrire un bref très-fort au roi d'Espagne . qui néanmoins se référoit à ce que lui diroit son nonce sur la gravité de l'affaire dont il s'agissoit, telle qu'il n'en étoit point arrivé qui approchât de celle-là, depuis les dix-huit années de son pontificat, ni dont la gloire et la conscience de Sa Majesté Catholique pussent être plus fortement intéressées; ce bref plein d'autres expressions véhémentes étoit de la main du pape, et devoit être présenté au roi d'Espagne par Aldovrandi. Ce nonce eut ordre de représenter en même temps à Sa Majesté Catholique que son honneur et sa conscience exigeoient qu'il rétablît incessamment sa réputation si horriblement attaquée , ce qu'il ne pouvoit qu'en se désistant de toute hostilité contre l'empereur, et tournant ses armes contre les infidèles, et de menacer, en cas de refus de déférer à cet avertissement, que Sa Sainteté ne pourroit se dispenser de prendre les résolutions que son devoir lui suggéreroit.

Ces résolutions étoient déjà méditées. Le pape , épouvanté de la colère de l'empereur, se persuadoit voir déjà les preuves de l'accusation que ce prince avoit fait porter par son ambassadeur à Rome contre Al-

126 GRIEFS DU PAPE CONTRE l'eSPAGNE. [1718]

béroni sur son prétendu traité avec les Turcs. Ainsi le pape s'étoit proposé de priver le roi d'Espagne des grâces que Rome avoit accordées à lui et à ses prédécesseurs telles que la crusade , le sussidio ' , et les millions uniquement destinés à soutenir une guerre continuelle contre les infidèles , et que Sa Sainteté , voyant le roi d'Espagne éloigné et sans forces en Italie , ne croyoit pas en conscience [devoir] laisser subsister pour être employés à faire une diversion à l'empereur, tandis qu'il étoit occupé contre les Turcs. Le pape avoit d'autres griefs contre la cour de Madrid. Il se plaignolt inutilement du trouble que recevoit en Espagne l'exercice de la juridiction ecclésiastique, et il avoit représenté avec aussi peu de succès qu'il n'appartenoit pas à Sa Majesté Catholique de disposer des revenus des églises de Tarragone et de Vich , dont Albè- Toni s'étoit emparé, sous prétexte qu'ils étoientmal administrés pendant l'absence de ces deux évêques rebelles, et s'étoit mis peu en peine de satisfaire le pape là-dessus , persuadé que la complaisance pour Rome est un mauvais moyen pour en obtenir les grâces qu'on lui demande. Il sollicitoit alors avec chaleur l'expédition de ses bulles de Séville. Le pape alléguoit qu'il ne voyoit point de raison pour autoriser une translation si prompte à Séville de î'évêché de Malnga. Mais il ajoutoit qu'étant à la tête du gouvernement d'Espagne, il passoit pour être l'auteur du bouleversement qui arrivoit à la prospérité des armes chrétiennes, et pour perturbateur public , accusé publiquement d'intelligence avec la Porte , et d'être le directeur d'une diversion qui produisoit tant d'avantages à l'ennemi commun de la chrétienté. Feignant de vouloir bien suspendre encore son jugement sur une dénonciation si énorme, il ne pouvoit pourtant la dissimuler ni faire des grâces à celui qui étoit accusé jusqu'à ce qu'il en eût fart voir la calomnie. Il revenoit ensuite à ce prétendu soupçon de l'empereur, si offensant pour Sa Sainteté, de sa prétendue intelligence avec l'Espagne contre lui , coloré par le manquement horrible du roi d'Espagne à sa parole sur son armement et sa destination, l'année précédente.

Ces lamentations du pape n'eurent pas l'effet qu'il s'en étoit prorais. Acquaviva, au contraire, avoit déclaré que, puisque Sa Sainteté n'avoit aucun égard aux instances du roi d'Espagne sur les bulles de Séville, ce prince alloit faire séquestrer les revenus des églises vacantes dans ses États, et défendre à ses sujets de prendre aucune expédition en daterie. A ces menaces Paulucci , principal ministre du pape , avoit répondu que Sa Sainteté espéroit de la droiture du roi d'Espagne qu'il se laisseroit toucher des raisons qu'elle avoit de suspendre la translation précipitée d'Albéroni de Malaga à Séville , et que ce prince ne voudroit pas augmenter par de nouvelles offenses l'embarras et la peine où elle se trouvoit, non-seulement parce qu'il avoit manqué à la parole qu'il lui avoit donnée l'année dernière, mais encore parce qu'il faisoit de nouveaux préparatifs pour continuer une guerre si pernicieuse à la religion et à la tranquillité publique.

1 . Ces mots, qui désignaient des impôts particuliers, ont été eipliqnr^s \Aa<t haut.

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