‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 87 sur 298 · ALBÉRONI DÉCLAME CONTRE LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

ALBÉRONI DÉCLAME CONTRE LE TRAITÉ

der à des lois dures et barbares , il auroit raison ; mais s'il disoit qu'un projet dont le fruit étoit d'agrandir l'empereur , et d'augmenter sa puissance au delà de ses justes bornes , étoit un moyen capable d'établir une paix solide , un tel discours répugneroit absolument au bon sens et aux lumières de tout homme sage, instruit des affaires du monde; que si Huxelles regardoit cet ouvrage comme un pot-pourri, et comme une trame de l'abbé Dubois conforme à son génie et à sa personne , les gens sages le croiroient; mais qu'ils ne se figureroient jamais qu'un homme dont la probité et la réputation étoient suffisamment établies pût appiouver un projet préjudiciable à l'Espagne, fatal à la France, déshonorant pour le nom du régent , en un mot scandaleux au monde entier, et capable d'exercer les galants discours qu'on ne manqueroit pas de tenir sur un si beau sujet.

Albéroni cependant proposa de former une assemblée pour examiner ce projet , regardant cet expédient comme la seule voie à prendre pour ne se pas éloigner de l'équité, et ne pas offenser la liberté des gens. Et comme le colonel Stanhope le pressoit d'entrer dans le traité , il lui répondit seulement qu'il avoit écrit en France , et qu'il en attendoit les réponses , mais qu'il s'expliqueroit plus librement à d'autres. Sur l'injustice prétendue du projet , il disoit que les vues de ceux qui en étoient les promoteurs étoient suffisamment connues; que le roi d'Espagne en conserveroit le souvenir , s'il étoit forcé à la dure nécessité de subir la loi qu'on lui imposoit; qu'il attendroit un meilleur temps et des conjonctures plus favorables pour se dédommager, et pourvoir lui-même à son indemnité. Comme il voyoit les principales puissances unies pour forcer l'Espagne à souscrire aux conditions de la paix , il chercha l'appui de la Hollande , qui reculoit à entrer dans le traité. Il fît représenter à ceux qui passoient pour les meilleurs républicains qu'ils dévoient par honneur et par intérêt s'éloigner de l'infamie qu'on leur proposoit ; que les Anglois, depuis quelques années, se croyoient en droit comme en possession de partager le monde à leur fantaisie , d'enlever les États à leurs légitimes possesseurs , et de les distribuer à d'autres selon qu'il convenoit à leurs intérêts; que l'exécution de ce traité exécrable ne pouvoit être que fatale à la liberté de l'Europe , dont les Hollandois sentiroient les premiers effets, parce que l'empereur, rejoignant la Sicile à Naples, auroit bientôt une marine, et s'empareroit du commerce du Levant , et que les puissances les plus éloignées se ressentiroient bientôt de l'esprit de domination sans bornes de la maison d'Autriche, dès qu'elle se trouveroit en possession de l'Italie. Il fit espérer aux Hollandois d'entrer dans les projets que leur compagnie des Indes occidentales lui avoient fait proposer pour le commerce de l'Amérique , et tâcha d'augmenter leur jalousie et leur défiance des Anglois sur un article si intéressant.

Beretti , tout occupé des intérêts du roi d'Espagne . et guère moins de 5e vanter et de faire valoir jusqu'à ses moindres démarches , auroit voulu ^u'on lui sût gré à Madrid jusque de son inaction et de son silence. Il trouvoit qu'il ne recevoit jamais d'ordres à temps , et véritablement ayant à répondre à un ministre difficile, qui souvent désiroit rejeter la fauta

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