‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 91 sur 298 · CONDUITE DES MINISTRES ANGLOIS · texte numérisé non relu

CONDUITE DES MINISTRES ANGLOIS

Prusse, mais que cette couronne étoit hors d'état de se venger, faute de marine; que le roi d'Angleterre la tiendroit encore en bride par une escadre avec laquelle l'amiral Norris alloit passer dans la mer Baltique. On assuroit de plus que le czar avoit nouvellement promis de ne faire point de paix séparée ; qu'il avoit protesté qu'il n'avoit pas eu la moindre pensée de marier une de ses nièces au Prétendant, et que les bruits répandus sur ce sujet étoieiit les effets des intrigues d'Erskin , son médecin. Il falloit joindre à ces insinuations des apparences de ménagement, même de partialité pour les intérêts du régent. Les Anglois connoissoient que la persuasion étoit facile; ils croyoient au^isi qu'il convenoit à leurs intérêts de préférer cette voie à d'autres plus dures; ils employèrent donc les raisons personnelles qui pouvoient le toucher , et ne cessèrent de lui représenter que le moment étoit favorable et qu'il ne devoit pas le laisser perdre. Quelquefois ils affectoient de condamner les prétentions de la cour de Vienne ; ils laissèrent entendre que , si cette cour après tant de délais vouloit apporter quelque changement aux conditions du traité , le roi d'Angleterre ne le souffriroit pas. Ils savoient que ce prince, bien sûr des intentions de l'empereur, ne s'engageoit à rien. Un jour ils assuroient que la négociation de Saroie étoit prête à échouer, et que, si les Impériaux entretenoient encore les Piémontois par des espérances vagues , ce n'étoit qu'artifice et dessein d'empêcher que ce prince ne prît un parti de désespoir pendant que l'empereur avoit peu de forces en Italie. Un autre jour les Anglois faisoient entendre que la négociation de Savoie s'avançoit , et que le comte de Zinzendorff étoit un des ministres qui l'appuyoit le plus fermement auprès de l'empereur.

Penterrieder, de son côté, excita, étant à Londres, de nouveaux soupçons sur cette alliance; il se servit du secrétaire de Modène pour entamer une espèce de négociation avec La Pérouse à qui il fit dire que l'année précédente, pendant que le roi d'Angleterre étoit en Allemagne, le comte de Schullerabourg lui avoit offert, de la part du roi de Sicile, de céder cette île à l'empereur ; que Sunderland , Stanhope , Bernsdorff et l'abbé Dubois éloient également instruits de cette offre. Penterrieder conclut que les mêmes raisons qui l'année précédente engageoient ce prince à cette cession subsistoient encore, et qu'il devoit être également touché des avantages qu'il envisageoit alors et des périls où il s'exposeroit s'il perdoit l'occasion de regagner l'amitié de l'empereur.

Nonobstant ces insinuations , Penterrieder ménageoit avec soin la confiance des ministres d'Angleterre. Il étoit très-content de les voir persuadés que l'union et la vigueur des puissances contractantes étoit le seul moyen de réduire l'Espagne à des sentiments plus modérés, et de l'obliger à se relâcher sur les difficultés qu'elle apportoit encore au traité. Une des principales étoit la prétention du roi d'Espagne de retenir la Sardaigne. Ce prince ayant demandé au régent de lui aider à obtenir cette condition, Dubois dit à Monteléon qu'il en avoit l'ordre exprès de Son Altesse Royale, qu'elle vouloit qu'il fît tous ses efforts pour y réussir, qu'elle en avoit même écrit au roi d'Angleterre, qu'il craignoit cependant que les instances qu'il feroit en exécution de ses

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