‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 90 sur 298 · CONDUITE DE LA COUR DE VIENNE · texte numérisé non relu

CONDUITE DE LA COUR DE VIENNE

possible que l'avis fût sans réalité pour tirer quelque récompense, et ne se mit pas en peine de dissiper auirement la crainte de l'envoyé de Sicile , en sorte que ce dernier se figura que la cour de Londres cherchoit seulement un prétexte pour obliger le roi de Sicile de révoquer, à l'occasion d'un nouveau traité, la protestation que la reine de Sicile avoit fait remettre au parlement d'Angleterre pour conserver ses droits sur cette couronne.

Il y avoit cependant encore une autre cause de mécontentement et de jalousie entre la cour de Londres et celle de Turin. La première craignoit les négociations du roi de Sicile à Vienne , et en traversoit le succès; et le roi de Sicile faisoit tous ses efforts pour se lier avec l'empereur et pour obtenir l'aînée des archiduchesses pour le prince de Piémont; il offrit à l'empereur de le laisser maître des conditions du traité; il avoit su gagner le comte d'Althan, dont la faveur auprès de l'empereur étoit grande. Il sembloit que naturellement il devoit compter sur le prince Eugène; toutefois ce dernier s'étoit déclaré contre la négociation des Savoyards. Quoi qu'il eût fait . cependant on le soupçonnoit d'avoir agi contre sa pensée , et bien des gens croyoient qu'il souhaitoit intérieurement que la négociation du roi de Sicile réussît. Staremberg étoit un des ministres de l'empereur qui s'opposoit le plus fortement à ce mariage. La cour de Vienne , lente à prendre ses résolutions , joignoit à ce penchant naturel beaucoup de politique , non-seulement à l'égard de là négociation de Savoie , mais encore à l'égard de l'alliance négociée par l'Angleterre. L'empereur faisoit marcher l'une et l'autre du même pas , et comptoit tirer de cette lenteur un avantage considérable , car en même temps qu'il obligeoit le roi de Sicile de lui offrir la carte blanche, par le désir de ce prince de prévenir , par un traité particulier , la conclusion de la quadruple alliance, on en suspendoit les expéditions que Schaub devoit porter en Angleterre.

Les ministres de Georges, voulant favoriser l'empereur, aiguisoient, pour ainsi dire , le désir qu'on avoit en France de voir cette négociation incessamment finie. Ils représentoient qu'il étoit de la dernière importance de conclure sans laisser à l'empereur le loisir de changer de sentiment. Ils assuroient que jamais la cour de Vienne n'avoit eu plus de répugnance à aucune résolution qu'à la souscription de ce traité. Ils protestèrent qu'ils ne pouvoient répondre de rien , si le régent s'arrêtoit à des bagatelles. Ils le pressèrent de conclure sans perdre de temps, ]fi moyen le plus sûr de faire échouer la négociation de Savoie étant d'assurer la Sicile à l'empereur, sans qu'il eût besoin du roi de Sicile. Il falloit encore pour appuyer les représentations des Anglois faire voir que les affaires de Georges étoient en bon état. La guerre du Nord étoit pour lui l'affaire la plus importante , parce qu'il étoit beaucoup plus sensible à ce qui regardoit ses États d'Allemagne qu'aux intérêts d'une couronne qu'intérieurement il regardoit, sinon comme usurpée, au moins comme incertaine sur sa tête, et peut-être passagère. On eut donc soin de faire savoir au régent que le roi de Suède étoit également disposé à s'accommoder avec Georges et avec le czar, que l'animosité de la Suède tomboit principalement sur les rois de Danemark et de

Page 1