‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 95 sur 298 · LA SARDAIGNE EN ACHOPPEMENT · texte numérisé non relu

LA SARDAIGNE EN ACHOPPEMENT

contraires. — Nancré rend le roi de Sicile suspect à l'empereur. — Alhéioni raisonne sainement sur la Sicile et sur le roi Georges; irrs-nialignement sur le régent; arlificieusement sur le roi de Sicile; déclame contre le traité, contre lequel il fait faiie partout les déclarations les plus fortes ; presse les préparatifs. — Secret impénélralile sur la destination de son entreprise.

— Continue à bien traiter Nancré et à conférer avec lui et avec le colonel Stanhope. — Le colonel Stanhope pense juste sur l'opiniâtreté d'Albéroni.

— Réponse de ce cardinal à une lettre du comte Stanhope , qui le pressoit d'accepter le traité. — Plaintes et vanteries d'Albéroni. — Forces actuelles de l'Espagne. — Crédit de ce premier ministre sur Sa Majesté Catholique.

— Albéroni menace Gallas , les Allemands et le pape. — Vanteries de ce cardinal. — Vaines espérances de Giudicequi s'indispose contre Cellamare.

Bassesses de ce neveu. — Chimères attribuées à Giudice , qui font du

bruit et du mal à Madrid. — 11 les désavoue et déclame contre les chimères et le gouvernement d'Albéroni. — Fausse et basse politique du pape. — Cellamare se fait bassement, gratuitement et mal à propos l'apologiste d'Albéroni à Rome. — Il en reçoit de justes reproches de son oncle. — Esprit de la cour de Vienne.

On crut que le régent étoit embarrassé du refus du roi d'Espagne , et ^ne Son Altesse Royale s'étoit flattée que la reine d'Espagne auroit engagé le roi son mari à signer un traité qui assuroit aux enfants de cette princesse la succession de deux États considérables en Italie. Il y avoit encore une voie pour satisfaire le roi catholique , c'étoit de lui conserver la possession de la Sardaigne ; mais la chose ne pouvoit se faire qu'au préjudice du duc de Savoie , à qui ce royaume étoit destiné en dédorajnagement de celui de Sicile. Le régent dépêcha cependant un courrier à Londres , portant ordre à l'abbé Dubois de le proposer au roi d'Angleterre. Cellamare comptoit que ce changement au traité apaiseroit le roi son maître et l'engageroit à signer. Il avertit Monteléon de travailler sous main et sans paroître à faciliter le succès de cette prétention nouvelle , stlr que , si elle ne réussissoit pas , la signature étoit inévitable. Peut-être la craignoit-il ; mais la prévoyant, il donnoit une attention très-particulière à ce qui se passoit en Bretagne , et ne manquoit pas d'avertir que , les affaires s'aigrissant , les mouvements de cette province devenoient chaque jour plus considérables. Le roi d'Angleterre ne goiîta pas la proposition de laisser la Sardaigne à l'Espagne; il jugea qu'un tel changement au projet de traité exciteroit non-seulement de nouvelles disputes , mais produiroit peut-être des difficultés insurmontables. L'empereur vouloit la Sicile à quelque prix que ce fût. Georges vouloit le satisfaire, et ne trouvoit déjà que trop de peines à réduire le duc de Savoie , sans les augmenter encore en rétractant l'off^re de l'équivalent proposé à ce prince pour la cession de la Sicile. Ainsi le courrier du régent étant arrivé à Londres, le roi d'Angleterre tint pour la forme seulement deux conseils, comme pour délibérer sur celte proposition nouvelle. Il y fut décidé qu'il ne convenoit pas d'altérer la substance du projet accepté par l'une des parties; que ce seroil s'exposer à des disputes inutiles avec la cour de Vienne ; qu'on pouvoit même regarder ces contestations comme dangereuses , après avoir eu tant de peine d'engager l'empereur à consentir au projet.

[1718] ADRESSE DE l'aVIS DE MOINTELÉON. 141

Les ministres d'Angleterre instruisirent Monteléon de cette délibération. Il avoit bien jugé que la demande de retenir la Sardaigne ne réussiroit pas, mais il n'avoit osé s'expliquer sur une proposition dont le roi son maître désiroit le succès , et que le premier ministre avoit particulièrement à cœur , parce que la Sardaigne étoit l'unique fruit de tant de dépenses qu'il avoit fait faire à l'Espagne. Il falloit, pour combattre l'opinion du prince et du ministre, faire semblant d'y acquiescer , leur en exposer toutefois les inconvénients d'une manière si palpable qu'ils reconnussent clairement par eux-mêmes ce que l'ambassadeur n'osoit dire , de peur de s'exposer à déplaire. C'est ce que Monteléon avoit souvent pratiqué , mais le succès n'avoit pas répondu à ses intentions , non plus qu'à ses ménagements. Il avertit Albéroni en cette dernière occasion que La Pérouse lui avoit dit , après l'arrivée d'un courrier dépêché de Turin , que le roi son maître ne se laisseroit pas dépouiller de son royaume , sans faire auparavant , pour le conserver , tous les efforts que son honneur et ses droits Jemandoient. Monteléon, donnant cet avis au cardinal , lui laissoit en même temps espérer qu'une résolution si ferme pourroit déconcerter l'exécution d'un projet odieux au roi d'Espagne; mais après avoir fait entrevoir ce rayon d'espérance , il essaya de le détruire lui-même en représentant qu'il n'étoit pas permis de prendre confiance en la sincérité du roi de Sicile , non-seulement par la connoissance que tout le monde avoit du caractère de ce prince, mais encore parce que dans le temps même qu'il se récrioit si fort contre les dispositions du projet, il tenoit à Vienne un ministre caché, et sollicitoit fortement l'empereur d'accorder la seconde archiduchesse sa nièce en mariage au prince de Piémont. Monteléon pouvoil encore ajouter que Penterrieder continuoit d'entretenir une espèce de négociation à Londres avec La Pérouse, et soit sincérité, soit dessein de l'amuser, Penterrieder l'assuroitque, si l'empereur avoit voulu consentira laisser la Sardaigne au roi d'Espagne , Sa Majesté Catholique auroit sans hésiter promis d'unir ses armes aux armes impériales pour enlever la Sicile au duc de Savoie , et la donner à l'empereur. Penterrieder, faisant valoir ici l'équité de son maître , et son attention aux intérêts du roi de Sicile , conclut que le mieux pour l'un et pour l'autre seroit de s'accommoder ensemble sans l'intervention de la France ni de l'Angleterre.

Le roi de Sicile , attentif à ses intérêts et toujours agissant dans cette vue . ne se reposoit pas uniquement sur le succès incertain de la négociation secrète qu'il avoit entamée à Vienne. Il écrivit donc au roi d'Angleterre pour lui demander pressamment que le projet du traité lui fût communiqué, n'ayant d'autre intention que de concourir et de procurer la tranquillité publique autant qu'il seroit en son pouvoir. Il ajouta qu'il étoit persuadé que le principal fondement de ce projet étoit l'observation des traités d'Utrecht et leur garantie; qu'il avoit d'autant plus de raison de le croire que jamais il ne s'étoit écarté de la volonté et des intentions de l'Angleterre, les ayant toujours aveuglément suivies; qu'il prolestoit aussi que cette maxime seroit toujours la règle inviolable de sa conduite. Cette lettre demeura longtemps sans réponse.

Monteléon fit usage de la connoissance qu'il en eut pour convaincre

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