SAGE AVIS DE MONTELÉON
encore le cardinal Albéroni , et du peu de fond qu'on devoit faire sur le roi de Sicile qui agissoit si différemnaent de tous côtés, et de l'opiniâtreté de la cour d'Angleterre à conserver toutes les conditions du projet sans y faire le moindre changement; et comme il auroit désiré sur toutes choses que le roi d'Espagne fût entré dans le traité l'alliance, n'osant le dire ouvertement de peur de déplaire , il ne perdit pas cette nouvelle occasion de représenter que , si le roi son maître étoit contraint de céder à la dure nécessité du temps et des conjonctures, il étoit au moins à souhaiter qu'en s'y soumettant, il le fît avec le moins de préjudice qu'il seroit possible pour le présent, et avec des dispositions favorables pour l'avenir. Monteléon étoit persuadé qu'il étoit impossible de changer dans le moment présent aucune condition d'une convention acceptée et signée par l'empereur; que, si on pouvoit espérer quelque modification , ce ne seroit tout au plus que dans la suite , par les offices qu'on emploieroit avant son exécution , ou plus certainement encore par les offres qu'on pourroit faire et les sommes qu'on distribueroit à Vienne pour arracher le consentement de cette cour. Il regrettoit le temps qu'on avoit perdu, et soutenoit que, si les ministres d'Espagne étoient entrés dans la négociation au moment qu'elle avoit commencé avec les ministres d'Angleterre et l'abbé Dubois , le roi d'Espagne auroit peut-être obtenu ce qu'il désiroit, et fait changer en mieux les conditions du traité. Mais le nuage s'étoit formé de manière qu'il n'étoit plus possible de le dissiper et d'espérer de gagner au moins du temps , seule ressource qui auroit pu rendre meilleure la condition de l'Espagne. Il ne comptoit nullement sur l'effet des offices que le régent avoit promis d'interposer à Londres et à Vienne , pour obtenir des modifications au traité telles que le roi d'Espagne eût lieu d'être satisfait.
Beretti s'étoit flatté que de pareils offices seroient d'un grand poids , et que la cour de Vienne , ayant tant de raisons particulières de marquer sa considération pour le régent , ne pourroit se dispenser de déférer à ses instances. Cadogan , nouvellement arrivé de Londres à la Haye , dit avec beaucoup de franchise à Beretti qu'il devoit se désabuser d'une espérance si vaine ; que , si le régent faisoit quelque représentation , il ne la feroit que pour la forme , pour sauver un reste d'honneur , mais sans insister ; qu'il ne le pouvoit étant totalement engagé. Cadogan poussant plus loin la confidence ( c'est-à-dire le mépris de l'Espagne livrée par la France , gouvernée et muselée par l'abbé Dubois qui ne songeoit qu'à son chapeau qu'il ne pouvoit obtenir que par l'autorité de l'empereur sur le pape , et par la recommandation forte du roi d'Angleterre auprès de l'empereur) , dit encore à cet ambassadeur d'Espagne que l'Angleterre n'avoit nul penchant pour le roi de Sicile , parce que le souvenir des manèges qu'il avoit faits pendant les guerres passées étoit toujours présent; que, de plus, on savoit à Londres que ce prince avoit à Madrid un minisire caché, dans le même temps qu'il négocioit à Vienne. Si les Anglois regardoient le roi de Sicile comme un prince dont la foi devoit toujours être suspecte , les Piémontois se plaignoient réciproquement du régent et du roi d'Angleterre. Ils disoient que Son Altesse Royale , de concert avec Stairs, jouoit également le roi d'Eapagne et le roi de Sicile;