‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 98 sur 298 · ALBÉRONI DÉCLAME CONTRE LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

ALBÉRONI DÉCLAME CONTRE LE TRAITÉ

duchesses. Nancré dit de plus que l'qffre n'étoit pas nouvelle ; que le même duc de Savoie, qui la renouveloit aujourd'hui, l'avoit déjà faite peu de temps avant la mort du feu roi ; que d'autres difficultés avoient empêché la conclusion du traité qu'il sollicitoit à Vienne.

Albéroni étoit persuadé que l'empereur désiroit ardemment la Sicile , et que , depuis la paix d'TJtrecht , il n'avoit pensé qu'aux moyens de l'acquérir pour s'assurer la conservation du royaume de Naples. Les forces de mer étoient les seules qui manquoient à ce prince ; ces deux royaumes entre ses mains lui donnoient moyen d'avoir des forces considérables dans la Méditerranée. Albéroni se vantoit d'avoir jugé si sainement des vues de la cour de Vienne , qu'il avoit parié , dès qu'il fut question du projet, que l'empereur l'accepteroit. Il ne s'étonnoit pas, disoit-il, que le roi Georges eût voulu faire un tel présent à la maison d'Autriche , parce qu'étant Allemand, et voulant conserver l'injuste acquisition de Brème et de Verden, il devoit, pour y réussir, acquérir par une autre injustice les bonnes grâces du chef de l'empire. C'étoit par cette raison que le roi d'Angleterre, suivant le raisonnement ( en cela très- juste) d' Albéroni, travailloit à l'augmentation d'une puissance que les François et les Anglois trouvoient déjà trop grande , et qu'ils convenoient mutuellement qu'il faudroit abaisser dans son temps. Toutefois il paroissoit que la cour d'Angleterre n'avoit en vue que d'être invitée par l'empereur de rompre avec l'Espagne. La preuve évidente de ce dessein étoit, selon le cardinal , la résolution prise à Londres d'envoyer une escadre dans la Méditerranée, le tout pour l'intérêt particulier du roi Georges. Albéroni afifectoit de répandre que ces raisons secrètes et personnelles avoient beaucoup plus de part aux changements projetés dans l'Europe que les raisons l'État, et c'étoit à c?tte cause unique qu'il attribuoit la résolution surprenante que la France avoit prise de concourir à l'agrandissement de la maison d'Autriche. Quelque mauvaise opinion qu'il eût du duc de Savoie, il voulut paroître invincible aux nouveaux soupçons que Nancré essaya de lui inspirer des intentions et de la conduite de ce prince. Il ne les rejeta pas entièrement, mais il dit que le duc de Savoie le faisoit assurer que la seule négociation qu'il eût à Vienne étoit bornée au mariage du prince de Piémont, et que cette cour elle-même lui avoit offert une archiduchesse -, qu'il déclaroit en même temps que jamais il ne consentiroit à céder la Sicile , et qu'il prioit instamment le roi d'Espagne de s'y opposer. Le cardinal demanda l'explication d'un pareil galimatias, qui ne pouvoit servir qu'à couvrir beaucoup de tromperies et de mauvaise foi; car en même temps qu'on vouloit persuader au roi d'Espagne que le duc de Savoie offroit volontairement la Sicile , ce même prince conjuroit Sa Majesté Catholique de refuser son consentement à une condition si dure. Ou vouloit, disoit Albéroni, tromper le roi d'Espagne , et le traiter comme un enfant; on lui montroit de loin une babiole, et s'il ne l'acceptoit pas , on le menaçoit de lui déclarer la guerre ; mais il assuroit que ce prince étoit résolu de prendre patience, de ne céder que dans le cas d'une nécessité indispensable , et de se livrer aux partis les plus extrêmes avant que d'entrer dans un projet, non-seulement imaginaire, mais dont l'exécution seroit injuste , puisque les princes à qui op

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