Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;
oondamnation à Rome du livre de Tarchevèque de Cambrai. — Conduite du cardinal dr. Bouillon. — Belle réponse du duc de Beauvillieis an roi. — Soumission illustrer de l'archevêque île Cambrai. — Acceplalion du jugement du pape par les assemblées d'évèques par métropoles en jugeant. — Enregistrement au parlement. — Pricédé de l'iiicbevéque de Cambrai et de révêque de .Sriint-t»mev à l'assemblée provinciale — Mort du comte de Mailly, de Thury, de Frontenac, de Racine ; sa funeste distraction. — Mort du duc de La Force. — Valincour mis a l'histoire du roi en la place de Racine. — Mort de Févêque de 1 b(,-on, Barillon. — Mariage du duc de Cboiseul avec Mme Brùlart. — Mariage du roi des Romains; pourquoi la part ilifférée. — Style de s'écrire entre i"t mpereur et le roi. — Traitements d'ambassadeurs de tête couronnée à l'ambassadeur du grand-duc à Vienne, nulle part ailleurs. — Naissance du prince de Piémont. — Le roi paye les dettes de Mme la Duchesse et de Mimseigneur, et lui double ses mois. — -Augmenlalion de quarante-deux mille livres d'appointements à M. de La Rochefoucauld.- — Pension secrète de vingt mille livres à l'évêque de Chartres. — M. de Vendôme change l'administration de ses affaires et va publiquement suer la vérole. — Mort de Savury, assassiné. — Mort de Fabbé de La Châtre. — Le roi fait revenir tous les prétendants de Neuchâtel. — Deux vols au roi fort étranges. — Vaïnl à la cour. — Fériol, ambassadeur à Constantinople. — Situation du comte de Porlland. — Courie disgrâce de la comtesse de Grammont.
L'affaire de M, de Cambrai touchoit à son terme et faisoit plus de bruit que jamais. Ce prélat faisoit tous les jours quelque nouvel ouvrage pour éclaircir et soutenir ses Maximes des samts . et y mettoit tout l'esprit imaginable. Ses trois antagonistes y répondoient ciiacun à part; l'amertume à la fin surnagea de part et d'autre , et , à l'exception de M. de Paris qui se contint toujours dans une grande modération , M. de Cambrai et MM. de Meaux et de Chartres se traitèrent fort mal. Le roi pressoit le jugement à Rome, où, fort mécontent de la conduite du cardinal de Bouillon à cet égard . il crut hâter l'affaire en donnant à Mme de Lévi le logement de M. de Cambrai k Versailles . et défendant à ce prélat de plus prendre la qualité de précepteur des enfants de Fmnce dont il lui avoit déjà ôté les appointements . et le fit dire au pape et à la congrégation établie pour juger. En eff'et, le cardinal de Bouillon, lié comme on l'a vu ci-dessus avec M. de Cambrai, ses principaux amis, et les jésuites , quoique chargé des affaires du roi à Rome , et recevant or- SuNT-SiwoM a I
2 CONDAMNATION DES MAXIMES DES SAINTS. l1o99]
(1res sur ordres de presser le jugement et la condamiiaiiOf; de M. de Cambrai , mettoit tout son crédit à le différer et à éviter qu'il fût condamné. Il en reçut des rep ochesdu roi fort durs qui ne lui firent pas changer de conduite au fond . mais qui lui firent chercher des excuses et des couleurs. Mais quand il vit enfin qu'il n'y avoit plus à reculer, il ne rougit point d'être solliciteur et juge en même temps et de solliciter contre les ordres du roi , directement contraires . en faveur de M. de Cam brai. pour qui l'ambassadeur d'Espagne sollicitoil aussi au nom du roi son maître. Ce ne fut pas tout : le jour du jugement il ne se contenta r;!s d'opiner pour M. de Cambrai de toute sa force . mais il essaya d'intimider les consulteurs. Il interrompit les cardinaux de la congrégation al s'emporta, il cria, il en vint aux invectives, de manière que le pape, instrii t de cet étrange procédé et scandalisé à l'excès, ne put s'empêcher àj dire de lui : « È un porco feriio . c'est un sanglier blessé. » Il s'enferr.:a chez lui à jeter feu et flammes . et ne put même se contenir quand il fui obligé de repaioître. Le pape prononça la condamnation, qui fut dressée en forme de constitution , et où la cour de Rome . sûre de l'impatience du roi de la recevoir, inséra des termes de son style que la France n'admet point. Le nonce, qui la reçut par un courrier, la porta aussitôt au roi . qui en témoigna pudiquement sa joie. Le nonce parla au roi entre son lever et la messe. C'étoit un dimanche 22 mars. Le roi revenant de la messe trouva M. de Beauvilliers dans son cabinet pour le conseil qui alloit se tenir. Dès qu'il l'aperçut il fui à lui . et lui dit : « Eh bien', monsieur de Beauvilliers, qu'en direz-vous présentement, voiià M. de Cambrai condamné dans toutes les formes? — Sire, répondit le duc d'un ton respectueux mais néanmoins élevé, j'ai été ami pa-ticulier de M. de Cambrai, je le serai toujours, mais s'il ne se soumet pas au pape, je n'aurai jamaip de coinmerce avec lui.» Le roi demeura muet, et les spectateurs en admiration d'une générosité si ferme d'une part et d'une déclaration si nette de l'autre . mais dont la soumission ne portoit que sur r£glise.
Rome .à même de faire pis .montra par la condamnation même qu'elle étoit plus donnée au roi qu'appesantie sur M. de Cambrai. Vingt-trois propositions du livre des Maximex des saints y furent qualifiées téméraires, dangereuses, erronées, mais in glob» . et le pape excommunie ceux qui le liront ou le garderont chez eux. Monsieur, qui étoit venu de Paris dîner avec le roi , en sut la nouvelle en arrivant. Le roi lui en parla pendant le dîner avec uue satisfaction rui s'épanchoit, et encore à M. de La Rociiel'oucauld en allant au sermon , qui répondit fort honnêtement sur M. lio l'ambrai, comme ne doutant pas qu'il ne se soumît : c'étoit un personnage bon à faire à l'égard des gens dans cette situation dont il n'avoit jamais été ami.
M. de Cambrai apprit presijue en même temps son sort, dans un mojient qui eût accablé un homme qui auroit eu en soi moins de ressources. Il alloit monter en chaire: il ne setroubia point: il laissa le sermon qu'il avoit préparé, et, sans différer un moment de prêcher, il prit son thème sur la soumission due à l'Église ; il traita cette matière d'une manière forte et touchante, annonça la condamnation de son livre, r»