SOUMISSION DE M. DE CAMBRAI
tracln son opinion qu'il y avoit exposée, et conclut son sermon par un acquiescement et une soumission parfaite au jugement que le pnpe venoit de prononcer. Deux jours après il publia un mandement Tort court, par lequel il se rétracta, condamna son livre, en défendit la lecture, acquiesça et se soumit de nouveau à sa condamnation . et . par les termes les plus concis, les plus nets, les plus forts, s'ôta tous les moyens d'en pouvoir revenir. Une soumission si prompte, si claire, si publique, fut généralement admirée. Il ne laissa pas de se trouver des censeurs qui auroient voulu qu'il eût comme copié la constitution, et qui se firent moquer d'eux. M. de Meaux qui étoit à la cour reçut les compliments de tout le monde qui courut chez lui en foule. M. de Chartres étoit à Chartres, où il demeura , et M. de Paris montra une grande modération. Mme de Maintenon parut au comble de sa joie.
La difficulté fut après sur l'enregistrement au parlementa cause de la forme de cette bulle et des termes qui s'y trouvoient contraires aux libertés de l'Eglise gallicane . libertés qui ne sont ni des nouveautés ni des concessions ou des privilèges, mais un usage constant d'attachement à l'ancienne discipline de l'Église, qui n'a point fléchi aux usurpations de la cour de Rome, et qui ne Ta point laissée empiéter comme elle a fait sur les Églises des autres nations. On prit donc un expédient pour mettre tout à couvert sans trop de retardement: ce fut une lettre du roi à tous les métropolitains de son royaume, par laquelle il leur mandoit d'assembler chacun ses suffragants pour prononcer sur la condamnation que le pape venoit de faire du livre des Maximes des saints de M. de Caralirai , de la constitution duquel il leur envoya en même temps un exemplaire. L'obéissance fut d'autant plus prompte que cette sorte d'assemblée par provinces ecclésiastiques sentoit fort les conciles provinciaux, quoique limitée à une matière . et que l'interruption de ces sortes de conciles dont les évèques avoient abusé en y mêlant pour leur autorité force aflaires temporelles, étoit un de leurs plus grands regrets. Par ce tour nos évèques furent C' nsés examiner le livre et la censure . et n'adhérer au jugement du pape que comme juges eux-mêmes de la doctrine, et jugeant avec lui. Ils en firent des procès-verbaux qu'ils envoyèrent à la cour, et de cette manière il n'y eut plus de difficulté, et le parlement enregistra lacondaranation.de M. de Cambrai, en conséquence de i'adhésioa des évèques de France en forme de jugement.
M. de Cambrai subit ce dernier dégoût avec la même grandeur d'âme qu'il avoit reçu et adhéré à sa condamnation. Il assembla ses suffragants comme les autres métropolitains, et y trouva de quoi illustrer sa patience comme il avoit illustré sa soumission. 'Valbelle. évêque de S;nnt- Omer, Provençal ardent à la fortune, n'eut pas honte, comptant plaire, d'ajouter douleur à la douleur. Il proposa dans l'assemblée qu'il n'y sufSsoit pas de condamner le livre des Maximes des saints, si on n'y condamnoit pas en même temps tous les ouvrages que M. de Cambrai avoit faits pour le soutenir. L'archevêque répondit modestement qu'il adhéroit de tout son cœur à la condamnation de son livre des Maximes des saints . et qu'il n'avoit pas attendu, comme on le savoit, cette assemblée pour donner des marques publiques de son entière soumission