MORT ET CARACTËRE DE BARBEZIEUX
champ, qu'on appela l'Étang, qui dans la plus triste situation du monde , mais à portée de tout, lui avoit coûté dés millions. Il y alloit souvétlt, et c'étoit là qu'il tàchoit de noyer ses déplaisirs avec ses amis dans la bonne chère et les autres plaisirs secrets; mais le chagrin surnageoit, qui, joint à des plaisirs au-dessus de ses forces dans lesquelles il se fioit trop, lui donna le coup mortel. Il revint au bout de quatre jours de l'Étang à Versailles avec un grand mal de gorge et une fièvre ardente qui, dans un tempérament d'athlète comme éloit le sien et à son âge. demandoit force saignées que la vie qu'il venoit de mener rendoit fort dangereuses. La maladie le parut dès le premier moment; elle [ne] dura que cinq jours. A peine eut-il le temps de faire son testament et de se confesser quand l'archevêque de Reims l'avertit du danger pressant, contre lequel il disputoit contre Fagon même. Il mourut tout en vie avec fermeté, au milieu de sa famille, et sa porte ayant été continuellement assiégée de toute la cour. Elle venoit de partir pour Marly ; c'étoit la veille des Rois. Il finit avant trente-trois ans, dans la même chambre où son père étoit mort.
G'etoit Un homme d'une figure frappante , extrêmement agréable , fort mâle, avec un visage gracieux et aimable, et une physionomie forte: beaucoup d'esprit, de pénétration, d'activité, de la justesse et une facilité incroyable au travail, sur laquelle il se reposoit pour prendre ses plaisirs, et en faisoit plus et mieux en deux heures qu'un autre en lili jour. Toute sa personne, son langage, ses manières et son énonciatiOil aisée, juste . choisie, mais naturelle, avec de la force et de l'éloquence, tout en étoit gracieux. Personne n'avoit autant l'air du monde, les manières d'un grand seigneur, tel qu'il eiît bien voulu être, les façons les plus polies et, quand il lui plaisoit, les plus respectueuses, lagaktiterie la plus naturelle et la plus fine, et des grâces répandues partout. Aussi quand il vouloit plaire, il charmoit. et quand il obligeoit. c'étbil au triple de qui que ce fût par les manières. Nul homme ne rapportoit mieux une afi'aire, ni ne possédoit plus pleinement tous les détails, ni ne les manioit plus aisément que lui. Il sentoit avec délicatesse toutes les différences des personnes, et avec capacité toutes celles des affaires, de leurs gradations, de leur plus ou moins d'importance, et il épuisoit les affaires d'une manière surprenante; mais orgueilleux à l'excès, entreprenant, hardi, insolent, vindicatif au dernier point, facile à se blesser des moindres choses, et très-difficile à en revenir. Son huroo"? étoit terrible et fréquente: il la connoissoit, il s'en plaignoit, il ne la pouvoit vaincre: naturellement brusque et dur, il devenoit alors brutal et capable de toutes les insultes et de tous les emportements imaginables, qui lui ont ôté beaucoup d'amis. Il les choisissoit mal. et dans ses humeurs il les outrageoit quels Qu'ils fussent, et les plus proches et le» plus grands, et après il en étoit au désespoir; changeant avec cela, mais le meilleur et le plus utile ami du monde tandisqu'il l'étoit, et l'ennemi le plus dangereux, le plus terrible, le plus suivi, le plus implacable , et naturellement féroce : c'étoit un homme qui ne vouloit trouver de résistance en rien , et dont l'audace étoit extrême.
Il avoit accoutumé le roi à remettre son travail , quand il avoit trop