‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 113 sur 348 · ROSE ET M. DE DURAS · texte numérisé non relu

ROSE ET M. DE DURAS

point , monsieur , lui dit-il , que vous voudriez vous faire premier prince du sang? » et à l'instant fait la pirouette , et s'écoule. Qui demeura stupéfait? ce fut M. le Prince , et toute l'assistance à rire sans pouvoir s'en empêcher. C'étoit là de ces tours hardis de Rose; celui-là fit plusieurs jours l'amusement et l'entretien de la cour. M. le Prince fut enragé, mais il ne put et n'osa que dire. Il n'y avoit guère plus d'un an de cette aventure . lorsque ce bonhomme mourut.

Il u'avoit jamais pardonné à M. de Duras un trait, qui en effet futune cruauté. C'étoit à un voyage de la cour: la voiture de Rose avoit été, je ne sais comment, déconfite. D'impatience, il avoit pris un cheval. Il n'étoit pas bon cavalier; lui et le cheval se brouillèrent, et le cheval s'en défit dans un bourbier. Passa M. de Duras, à qui Rose cria à l'aide de dessous son cheval au milieu du bourbier. M. de Duras , dont le carrosse alloit doucement dans cette fange . mit la tète à la portière , et pour tout secours se mit à rire et à crier que c'étoit là un cheval bien délicieux, de se rouler ainsi sur les roses; et continua son chemin et le laissa là. Vint après le duc de Coislin, qui fut plus charitable, et qui le ramassa: mais si furieux et si hors de soi de colère, que la carrossée fut quelque temps sans pouvoir apprendre à qui il en avoit. Mais le pis fut à la couchée. M. de Duras, qui ne craignoit personne, et qui avoit le bec aussi bon que Rose , en avoit fait le conte au roi et à toute la cour , qui en rit fort. Cela outra Rose à un point qu'il n'a depuis jamais approché de M. de Duras, et n'en a parlé qu'en furie, et quand quelquefois il hasardoit devant le roi quelque lardon sur lui , le roi se mettoit à rire, et lui parloit du bourbier.

Sur la fin de sa vie . il avoit marié sa petite-fille fort riche , et qui attendoit encore de plus grands biens de lui. à Portail, qui longtemps depuis est mort premier président du parlement de Paris. Le mariage ne fut point concordant ; la jeune épouse , qui se sentoit riche parti , méprisoit son mari, et disoit qu'au lieu d'entrer en quelque bonne maison elle étoit demeurée au portail. A la fin. le père, vieux conseiller de grand'chambre . et le fils firent leurs plaintes au bonhomme ; d'abord il n'en tint pas grand compte , et comme elles recommencèrent il leur promit de parler à sa petite-fille et n'en fit rien. A la fin, lassé de c^s plaintes : « Vous avez toute raison , leur répondit-il en colère , c'est une impertinente, une coquine dont on ne peut venir à bout, et si j'entends encore parler d'elle , je l'ai résolu, je la déshériterai. » Ce fut la fin des plaintes. Rose étoit un petit homme m gras ni maigre , avec un assez beau visage , une physionomie fine , des yeux perçants et pétillants d'esprit , un petit manteau , une calotte de satin sur ses cheveux presque blancs, un petit rabat uni presque d'abbé, et toujours son mouchoir entre son habit et sa veste. Il disoit qu'il étoit là plus près de son nez. Il m' avoit pris en amitié, se moquoit très-librement des princes étrangers, de leurs rangs, de leurs prétentions, et appeJoit toujours les ducs avec qui il étoit familier Votre Altesse Ducale : o'étoit pour rire de ces autres prétendues Altesses. Il étoit extrêmement propre et gaillard et plein de sens jusqu'à la fin : c'étoit une sorte de personnage.

Stoppa, colonel de* eardes suisses et d'un autre régiment suisse de

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