‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 115 sur 348 · MORT DE BONTEMS. [17Q · texte numérisé non relu

MORT DE BONTEMS. [17Q

lie chambre et eut son estampille vingt-cinq ans jusqu'à sa mort. Cette Mlle de La Roche ne paroissoit nulle part, et assez peu même chez lui, dont elle ne sortoit point, et le gouvernoit parfaitement sans presque le paroître. Personne ne doutoit que ce ne fût sa Maintenon et qu'il ne l'eût épousée. Pourquoi ne le point déclarer? c'est ce qu'on n'a jamais su. Bontems étoit rustre et brusque, avec cela respectueux et tout à fait à sa place, qui n'étoit jamais que chez lui ou chez le roi, où il entroit partout à toutes heures, et toujours par les derrières, et qui n'avoit d'esprit que pour bien servir son maître , à quoi il étoit tout entier sans jamais sortir de sa sphère. Outre les fonctions si intimes de ces deux emplois, c'étoit par lui que passoient tous les ordres et messages secrets, les audiences ignorées qu'il introduisoit chez le roi. les lettres cachées au roi et du roi, et tout ce qui étoit mystère. C'étoit bien de quoi gâter un homme qui étoit connu pour être depuis cinquante ans dans cette intimité . et qui avoit la cour à ses pieds, à commencer par les enfants du roi et les ministres les plus accrédités . et à continuer par les plus grands seigneurs. Jamais il ne sortit de son état, et, sans comparaison, moins que les plus petits garçons bleus qui tous étoientsous ses ordres. Il ne fit jamais mal à qui que ce soit, et se servit toujours de son crédit pour obliger. Grand nombre de gens, même de personnages, lui durent leur fortune, sur quoi il étoit d'une modestie à se brouiller avec eu.x, s'ils en avoient parlé jusqu'à lui-même. Il aimoit, vouloit et procuroit les grâces pour le seul plaisir de bien faire, et il se peut dire de lui qu'il fut toute sa vie le père des pauvres, la ressource des affligés et des disgraciés qu'il connoissoit le moins, et peut-être le meilleur des humains, avec des mains non-seulement parfaitement nettes, mais un désintéressement entier et une application extrême à tout ce qui étoit sous sa charge. Aussi, quoique fort diminué de crédit pour les autres par son âge et sa pesanteur, sa perte causa un deuil public et à la cour et à Paris, et dans les provinces; chacun en fut aflligé comme d'une perte particulière, et il est également innombrable et inouï tout ce qui fut volontairement rendu à sa mémoire, et de services solennels célébrés partout pour lui. J'y perdis un ami sûr, plein de respect et de ;econnoissance pour mon père , comme je lai dit ailleurs. Il laissa deux fils qui ne lui ressemblèrent en rien : l'aîne ayant sa survivance de premier valet de chambre, l'autre premier valet de garde-robe.

Bloin , autre premier valet de chambre , eut l'intendance de Versailles et de Marly, au père de qui. pour cet emploi, Bontems avoit succédé. Bloin eut aussi la confiance des paquets secrets et des audiences inconau es. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit, qui étoit galant et particulier, qui choisissoit sa compagnie dans le meilleur de la cour, qui régnoit chez lui dans l'exquise chère, parmi un petit nombre de commensaux grands seigneurs, ou de gens qui suppléoient d'ailleurs aux titres, qui étoit froid , indiflerent, inabordable, glorieux, suffisant et volontiers impertinent; toutefois peu méchant, mais à qui pourtant il ne falloit pas déplaire. Ce lut un vrai personnage et qui se fit valoir et courtiser par les plus grands et par les ministres, qui savoit bien servir ses amis, mais rarement, et n'en servoit point d'autres, et ne laissoit

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pas d'être en tout fort dangereux et de prendre en aversion sans caisse, et alors de nuire infiniment.

M. de Vendôme revint d'Anet après avoir passé encore une fois par le grand remède. Il se comploit guéri , et ne le fut jamais. Il demeura plus défiguré qu'il ne l'étoil auparavant cette deuxième dose, et assez pour n'oser se montrer aux dames et aller à Marly. Bientôt il s'y accoulura?, et tâcha d'y accoutumer les autres. Ce ne fut pas sans dégoût, et sans chercher sa physionomie et ses principaux traits, qui ne se retrouvèrent plus; il paya d'audace, eu homme qui se sent tout permis et qui se veut tout permettre. Il avoit de bons appuis. C'étoit en janvier, et il y avoit des bals à Marly; le roi s'en amusa tous les voyages jusqu'au carême; et la maréchale de Noailles en donna souvent à Mme la duchesse de Boiirgûgne , chez elle à Versailles , qui avoit l'air d'être en particulier.

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