PHILIPPE V RECONNU PAR LE DANEMARK
de chocolat dont le dessus étoit : chocolat pour le très-révérend père général de la compagnie de Jésus. Ces caisses pensèrent rompre les reins aux gens qui les déchargèrent et qui s'y mirent au double de ce qu'il fuUoit à les transporter à proportion de leur grandeur. L'extrême peine qu'ils y eurent encore avec ce renfort donna curiosité de savoir quelle en pouvoit être la cause. Toutes les caisses arrivées dans les magasins de Cadix, ceux qui les régissoient en ouvrirent une entre eux et n'y trouvèrent que de grandes et grosses billes de chocolat, arrangées ies unes sur les autres. Ils en prirent une dont la pesanteur les surprit, puis une deuxième et une troisième toujours également pesantes. Ils en rompirent une qui résista, mais le chocolat s'éclata, et ayant redoublé ils trouvèrent que c'étoient toutes billes d'or, revêtues d'un doigt d'épais de chocolat tout alentour ; car , après cet essai , ils visitèrent au hasard le reste de la caisse et après toutes les autres. Ils en donnèrent avis à Madrid, où malgré le crédit de la société on s'en voulut donner le plaisir. On fit avertir les jésuites . mais en vain. Ces fins politiques se gardèrent bien de réclamer un chocolat si précieux ; et ils aimèrent mieux le perdre que de l'avouer. Ils protestèrent donc d'injure qu'ils ne savoient ce que c'étoit, et ils y persévérèrent avec tant de fermeté et d'unanimité que l'or demeura au profit du roi , qui ne fut pas médiocre , et on en peut juger par le volume de huit grandes caisses de grandes et grosses billes solides d'or-, et le chocolat qui les revètoit demeura à ceux qui avoient découvert la galanterie.
Le Danemark reconnut le roi d'Espagne. Ce prince fut rencontré à Bordeaux parle connétable de Castille, venant ambassadeur extraordinaire pour remercier le roi de l'acceptation du testament. Il s'appeloit don Joseph-Fernandez de Velasco . duc de Frias. Il fut reçu au Bourgla-Reine par le baron de Breteuil , introducteur des ambassadeurs , qui est un honneur qui de ce règne n'avoit été fait à aucun autre qu'au marquis de La Fuente, qui après l'affaire du maréchal d'Estrades et du baron de Vatteville à Londres pour la préséance , vint ambassadeur extraordinaire pour en faire excuse et déclarer en présence de tous les autres ambassadeurs, en audience publique, que l'Espagne ni ses ambassadeurs ne disputeroient jamais la préséance au roi ni à ses ambassadeurs et la lui céderoient partout. Le connéti.ble de Castille parut avec une grande splendeur, et fut extrêmement accueilli et festoyé. Le roi le distingua extrêmement et lui fit un présent très-considérable à son départ. Il ne fut pas longtemps en France , et il y parut fort magnifique , fort galant et fort poli.
A Bayonne le roi trouva le marquis de Castanaga , dix ou douze autres personnes de considération , et plus de quatre mille Espagnols accourus pour le voir. Harcourt y étoit arrivé deux jours auparavant, de Madrid, au-devant de lui. Le roi se mit d; ns un fauteuil à la porte de son cabinet, ayant derrière lui M. de Beauvilliers , entre MM. de Noailles et d'Harcourt. Le duc d'Ossone étoit plus en avant, pour marquer au roi ceux qui étant gentilshommes pouvoient avoir l'honneur de lui baiser la main. Tous, à l'espagnole, se mirent à genoux en se présentant devant lui. Il vit toute cette foule les uns après les autres , et les satisfit