‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 117 sur 348 · TROUPES FRANÇOISES DANS LES PAYS-BAS · texte numérisé non relu

TROUPES FRANÇOISES DANS LES PAYS-BAS

muler les mouvements découverts de l'empereur ni la mauvaise foi de ses anciens alliés.

Les Hollandois avoient vingt-deux bataillons dans les places espagnoles des Pays-Bas , sous les gouverneurs espagnols qui y avoient aussi quelques troupes espagnoles en moindre nombre. Puységur travailla à un projet là-dessus . par ordre du roi . qu'il approuva. Il fut communiqué au maréchal de Boufflers. gouverneur de la Flandre françoise , et Puységur alla à Bruxelles pour le concerter avec l'électeur de Bavière , gouverneur général des Pays-Bas pour l'Espagne. Les mesures furent si secrètes et si justes, et leur exécution si profonde, si exacte et si à point nommé , que le dimanche matin , 6 février , les troupes françoises entrèrent toutes au même instant dans toutes les places espagnoles des Pays-Bas à portes ouvrantes, s'en saisirent, prirent les troupes hollandoises entièrement au dépourvu, les surprirent, les dépostèrent , les désarmèrent , sans que dans pas une il fût tiré une seule amorce. Les gouverneurs espagnols et les chefs de nos troupes leur déclarèrent qu'ils n'avoient rien à craindre, mais que le roi d'Espagne vouloit de nos troupes au lieu des leurs, et qu'ils demeureroient ainsi arrêtés jusqu'à ce qu'on eût reçu les ordres du roi. Ils furent trèsdifférents de ce qu'ils attendoient et de ce qu'on devoit faire. L'trdeur de la paix fit croire au roi qu'en renvoyant ces troupes libres avec leurs armes et toutes sortes de bons traitements . un procédé si pacifique toucheroit et rassureroit les Hollandois. qui avoient jeté les hauts cris à la nouvelle de l'introduction de nos troupes . et leur persuaderoit d'entretenir la paix avec des voisins, des bonnes intentions desquels ils ne pouvoient plus douter après un si grand efi'et. Il se trompa.

Ce fut vingt-deux très-bons bataillons tout armés et tout équipés qu'il leur renvoya , qui leur auroient fait grande faute , qui les auroient mis hors d'état de faire la guerre , et par conséquent fort déconcerté l'Angleterre, l'empereur et toute cette grande alliance qui se bàtissoit et s'organisoit contre les deux couronnes. Le vendredi 11 février, c'està-dire six jours après l'occupation des places et la détention des vingtdeux bataillons hollandois, l'ordre du roi partit, portant liberté de s'en aller chez eux avec armes et bagages . dès qu'ils seroient rappelés par les États. Ceux-ci . qui n'espéroient rien moins, reçurent cette nouvelle avec une joie inespérée et des marques de reconnoissance qui servirent de couverture nouvelle encore plus spécieuse de leurs mauvais desseins, et frémissant cependant du danger qu'ils avoient couru n'en devinrent que plus ardents à la guerre , gouvernés par le roi d'Angleterre, ennemi personnel du roi, qui avec eux se moqua d'une simplicité si ingénue, et qui retraça à l'Europe celles de Louis XII et de François l" qui furent si funestes à la France. Celle-ci ne la fut aussi guère moins.

Enfin, l'arrivée de la flottille couronna ce succès. Elle étoit riche de plus de soixante millions en or ou argent, et de douze millions de marchandises sans les fraudes et les pacotilles. J'avancerai à cette occasion le récit d'une aventure qui n'arriva que depuis que le roi d'Espagne fut à Madrid. En déchargeant les vaisseaux il se trouva huit grandes caisses

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