AMIS DE M. DE CAMBRAI
qu'il avoit rendu , le récompenseroit de la pourpre; et en eflet il y eut des manèges qui tendoient là. Ils prétendent encore que le pape en :voit envie, mais qu'il n'osa jamais, voyant que. depuis cette soumision, sa disgrâce n'éloit en rien adoucie. Le duc de Betiiune, qui venoit toutes les semaines à Versailles, y dînoit assez souvent chez moi. et ne pouvoit avec nous s'empêcher de parler de M. de Cambrai : ii savoit qu'il y étoit eu sûreté, et outre cela mon intimité avec M. de Beauvilliers. Cette espérance du cardinalat perdue, il se lâcha un jour chez rnoi jusqu'à nous dire qu'il avoit toujours cru le pape infaillible: qu'il en avoit souvent disputé avec la comtesse de Grammont. mais qu'il avouoit qu'il ne le croyoit plus depuis la condamnation de M. de Cambrai. Il ajouta iiu'on savoit bien que ç'avoit été une affaire de cabale ici et de politique à Roms, mais que les temps changeoient, et qu'il espéroit bien que ce jugement chaiigeroit aussi et seroit rétracté, et qu'il y avoit de bons moyens pour cela. Nous nous mîmes à rire . et à lui dire que c'étoit toujours beaucoup que ce jugement l'eût fait revenir de l'erreur de l'infaillibilité des papes, et que l'intérêt quil prenoit en l'affaire de M. de Cambrai eût été plus puissant à lui dessiller les yeux, que la créance de tous les siècles et tant et tant de puissantes raisons qui détruisoient ce nouvel et dangereux effet de l'orgueil et de l'arahition romaine , et de l'intérêt de ceux qui le soutenoient jusqu'à en vouloir faire un pernicieux dogme.
Parlant des amis de M. de Cambrai, cela me fait souvenir de réparer ici . quoiqu'en matière fort différente, un oubli que j'ai fait d'une chose qui se passa au dernier voyage de Fontainebleau. La petite direction se tient toujours chez le chef du conseil des finances qui y préside, et la grande direction dans la salle du conseil des parties' : le chancelier y préside, et lorsque étant absent, et qu'il y a eu un garde des sceaux, il y a présidé de sa place , et a toujours laissé vide celle du chancelier. Il faut comprendre quand il n'est pas exilé, au moins à ce que je pense, parce qu'alors il fait partout ses fonctions . et prend même au parlement la place que le chancelier y tient. En ce voyage de Fontainebleau . où le chancelier malade n'alla point, M. de Beauvilliers prit sa place à la grande direction : il y avoit présidé d'autres fois en l'absence du chancelier, sans prendre sa place, et l'avoit laissée vide. Le roi le sut, et dit qu'étant duc et pair et présidant à la grande direction par l'absence du chancelier, il devoit prendre sa place et ne la plus laisser vide. Cela fut ainsi exécuté depuis . et fort souvent encore après à Versailles , par les infirmités de M. le chancelier.
Le 12 août . Mme de Saint-Simon accoucha fort heureusement, et Dieu nous fit la grâce de nous donner un second fils, qui port^ le nom de marquis de Ruflec , belle terre eu Angoumois que ma mère avoit achetée de la sienne.
Un événement singulier fit beaucoup raisonner tout le monde. Il arriva en ce temps-ci tout droit à Versailles un maréchal de la petite ville de
1. Voy. t. I", p. 435, 436, note sur les conseils du roi, et entre autres Bur les conseils de grande «ipeiiie direcliou.