‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 120 sur 348 · ABBÉ BIGNON. [1701J · texte numérisé non relu

ABBÉ BIGNON. [1701J

Il avoit l'ordre, et s'étoit. à l'exemple de M. de Reims, laissé faire tonseiller d'Rtat d'Eslise. J'ai tant parlé de ce prélat que je me contenterai de dire qu'il mourut fort pieusement, après avoir très-soigneusement gouverné son diocèse. On trouva dans ses papiers des brouillons de sa main pour servir à son oraison funèbre . tant la folie de la vanité avoit séduit ce prélat, d'ailleurs docte, fort honnête homme, trèsliorame de bien , bon évêque et de beaucoup d'esprit. II ne laissa pas d'être regretté, et beaucoup, dans son diocèse. Sa vanité eût été étrangement mortifiée s'il eût prévu ses successeurs.

Le chancelier, qui avoit extrêmement aimé sa sœur, femme de Biis;non , conseiller d'État , et qui en avoit comme adopié les enfants . étoit fort embarrassé de l'abbé Bignon. G'étoit ce qui véritablement, et en bonne part, se pouvoit appeler un bel esprit, très-savant, et qui avoit prêché avec beaucoup d'applaudissements; mais sa vie avoit si peu répondu à sa doctrine qu'il n'osoit plus se montrer en chaire, et que le roi se repentoit des bénéfices qu'il lui avoit donnés. Que faire donc d'un prêtre à qui ses mœurs ont ôté toute espérance de l'épiscopat ? Cette place de conseiller d'État d'Église parut à son oncle toute propre à l'en consoler et à le réhabiliter dans le monde, en lui donnant un état. L'embarras étoit que ces places étoient destinées aux évèques les plus distingués, et qu'il étoit bien baroque de faire succéder l'abbé Bignon à M. de Tonnerre, évêque-comte de Noyon, pour le mettre en troisième avec M. de Reims et M. de Meaux; c'est pourtant ce que le chancelier obtint, et ce fut tout l'effort de son crédit. Il iit par là un tort à l'épiscopat et une plaie au conseil, où pas un évêque n'a voulu entrer depuis, par l'indécence d'y seoir après un homme du second ordre, ce qui ne peut s'éviter que par des évêques pairs qui précèdent le doyen des conseillers d'État, comme faisoient MM. de Reims et de Noyon. L'abbé Bignon futtr'.nsporté de joie d'une distinction jusqu'à lui inou'ie. Son oncle le mit dans des bureaux en attendant qu'il lui en pût donner, et à la tête de toutes les académies : ce dernier emploi étoit fait exprès pour lui. Il étoit un des premiers hommes de lettres de l'Europe; et il y brilla, et solidement. Il amassa plus de cinquante mille volumes, que nombre d'années après il vendit au fameux Law , qui cherchoit à placer de l'ar'^ent à tout. L'abbé Bignon n'en avoit plus que faire. Il étoit devenu doyen du conseil à la tête de quantité de bureaux et d'affaires, et bibliothécaire du roi. Il se fit une île enchantée auprès de Meulan, qui se put comparer en son genre à celle de Caprée; l'âge ni les places ne l'ayant pas changé, et n'y ayant gagné qu'à faire estimer son savoir et son esprit aux dépens de son cœur et de son âme. Noyon ne fut pa? mieux rempli, mais à la renverse de la place de conseiller d'État pai un homme de condition et de très-saintes mœurs et vie , mais d'ailleur» un butor.

M. de Chartres avoit trouvé à Saint-Sulpice un gros et grand pie* plat, lourd, bête, ignorant, esprit de travers, mais très-homme d« bien , saint prêtre pour desservir , non pas une cure , mais une chapelle; surtout sulpicien excellent en toutes les minuties et les inutiles puérilités qui y font loi, et qu'il mit toute sa vie à côté ou même au-

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