‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 122 sur 348 · M. DE SAI^^T-LOUIS · texte numérisé non relu

M. DE SAI^^T-LOUIS

si naturellement . si aisément, si coulamment , et avec une simplicité si éloquente, et des termes si justes, si exacts, si propres, qu'on étoit également enlevé des grâces de ses conversations, et en même temps épouvanté de l'étendue de ses connoissances qui lui faisoient expliquer toutes ces choses comme auroient pu faire les botanistes , les droguistes , les artisans et les marchands les plus consommés dans tous ces métiers. Son attention, sa vénération pour Mlle Rose, sa complaisance, son épanouissement à tout ce peu qu'elle disoit. ne laissoient pas de me surprendre. M. de Saint-Louis , tout rond et tout franc . ne la put jamais goûter, et le disoit très-librement à M. du Charmel , et le laissoit sentir à M. Duguet, qui en étoient affligés.

Mais ce qui les toucha bien autrement , fut la douce et polie fermeté avec laquelle . six semaines durant qu'ils furent là. M. de la Trappe se défendit de voir Mlle Rose . quoique en état encore de pouvoir sortir et la voir au dehors. Aussi s'en excusa-t-il, moins sur la possibilité que sur son éloignement de ces voies extraordinaires , sur ce qu'il n'avoit ni mission ni caractère pour ces sortes d'examen, sur son état de mort à toutes choses et de vie pénitente et cachée qui l'occupoit assez pour ne se point distraire à des curiosités inutiles, et qu'il valoit mieux pour lui suspendre son jugement et prier Dieu pour elle que de la voir et d'entrer dans une dissipation qui n'étoit point de son état. Ils partirent donc comme ilsétoient venus, très-mortifiés de n'avoir pu réussir au but qu'ils s'étoient proposé de ce voyage. Mlle Rose se tint depuis assez cachée à Paris . et chez des prosélytes dans le voisinage . jusqu'à ce que , le nombre s'en étant fort augmenté , elle se produisit beaucoup davantage et devint une directrice qui fit du bruit. Le cardinal de Noailles la fit examiner, je pense même que M. de Meaux la vit. Le beau fut qu'on la chassa. Elle avoit converti un grand jeune homme fort bien fait, dont le père bien gentilhomme avoit été autrefois major de Blaye , et qui avoit du bien. Ce jeune homme quitta le service et s'attacha [tellement] à elle qu'il ne la quitta plus depuis: il s'appeloit Gonde. et il s'en alla avec elle à Annecy lorsqu'elle fut chassée de Paris, où on n'en a guère ouï parler depuis , quoiqu'elle y ait vécu fort longtemps. J'avancerai ici le court récit d'une anecdote qui le mérite. Le prétexte de ce voyage de la Trappe de Mlle Rose fut la conversion, qu'elle avoit faite auprès de Toulouse, d'un curé fort bien fait, et qui ne vivoit pas trop en prêtre. Il étoit frère d'un M. Parasa, conseiller au parlement de Toulouse. Elle persuada à ce curé de quitter son bénéfice , de venir à Paris . et de se faire religieux de la Trappe. Ce dernier point, elle eut une peine extrême à le gagner sur lui. et il a souvent dit, avant et depuis, qu'il s'étoit fait moine de la Trappe malgré lui. Il le fut bon pourtant , et si bon, que M. de Savoie ayant longtemps depuis demandé à M. de la Trappe un de ses religieux par qui il pût faire réformer l'abbaye de Tamiers, celui-ci fut envoyé pour exécuter ce projet et en fut abbé. Il y réussit si bien, que M. de Savoie , atteint alors d'un assez long accès de dévotion , le goûta fort , fit plusieurs retraites à Tamiers et lui donna toute sa confiance.

De là est, pour ainsi dire, né cet admirable ouvrage ae ^'Institution d'un prince de M. Duguet, dont on voit le comment dans i*» court aver-

1(54 INSTITUTION d'un PRINCE. [1701]

tissement qui se lit au-devanl de ce livre. Il faut ajouter que M. Duguet , réduit depuis à chercher sa liherté hors du royaume . se retira un temps à Tamiers , et y vit M. de Savoie . sans que ce prince se soit jamais douté qu'il fût l'auteur de cet ouvrage , ni qu'il lui en ait jamais parlé; en quoi l'humilité de l'auteur est peut-être plus admirable que le prodige de l'érudition, de l'étendue et de la justesse de cette Institution. Elle fut faite entre la mort du prince électoral de Bavière , petit-fils de l'empereur Léopold, et la mort du roi d'Espagne, Charles II, dans le temps que M. de Savoie se flatta que cette immense succession reuarderoit le prince de Piémont qui est mort avant lui: et toutefois à la lire , qui ne soupçonneroit qu'elle est faite d'aujourd'hui ? c'est-à-dire . vingt-cinq ans après la mort de Louis XIV , qu'elle a commencé à paroître . quelques années depuis la mort de l'auteur, et à l'instant défendue . pourchassée , et traitée comme les ouvrages les plus pernicieux , qui toutefois n'en a été que plus recherchée et plus universellement goûtée et admirée.

M. de Beauvilliers . dont le mal étoit un dévoiement qui le consumoit depuis longtemps et auquel la fièvre s'étoit jointe . eut bien de la peine à gagner sa maison de Saint-Aignan, près de Loches, où il fut à l'extrémité. J'avois su. depuis son départ, que Fagon l'avoit condamné, et ne l'avoit envoyé à Bourbon , peu avant ce voyage , que par se trouver à bout . sans espérance de succès . et pour se délivrer du spectacle en l'envoyant finir au loin. A cette nouvelle de Saint-Aignan . je courus chez le duc de Chevreuse, pour l'exhorter de mettre toute politique à part et d'y envoyer diligemment Helvétius,et j'eus une grande joie d'apprendre de lui qu'il en avoit pris le parti, et qu'il partoit lui-même le lendemain avec Helvétius.

C'étoit un gros Hollandois qui, pour n'avoir pas pris les degrés de médecine . étoit l'aversion des médecins . et en particulier l'horreur de Fagon , dont le crédit étoit extrême auprès du roi . et la tyrannie pareille sur la médecine et .sur ceux qui avoient le malheur d'en avoir besoin. Cela s'appeloit donc un empirique dans leur langage . qui ne méritoit que mépris et persécution, et qui attiroit la disgrâce, la colère et les mauvais offices de Fagon sur qui s'en servoit. Il y avoit pourtant longtemps qu'Helvétius étoit à Paris, guérissant beaucoup de gens rebutés ou abandonnés des racdecins , et surtout les pauvres, qu'il traitoit avec une grande charité. Il en recevoit tous les jours chez lui à l'heure fixée tant qu'il en vouloit venir , à qui il fournissoit les remèdes et souvent la nourriture. Il excelloit particulièrement aux dévoiements invétérés et aux dyssenteries. C'est à lui qu'on est redevable de l'usage et de la préparation diverse de l'ipécacuanha pour les divers genres da ces maladies . et le discernement encore de celles où ce spécifique n'est pas temps ou même n'est point propre. C'est ce qui donna la vogue à Helvétius, qui d'ailleurs étoit un bon et honnête homme, homme de bien, droit et de bonne foi. Il étoit excellent encore pour les petites véroles et les autres maladies de venin, d'ailleurs médiocre médecin.

M. de Chevreuse dit au roi la résolution qu'il prenoit ; il l'approuva, et le rare est que Fagon même en fut bien aise , qui . dans une autre

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