BRANCHE DE CADAVAL
remit le duc île Bragance sur le trône. Il commandoit la cavalerie pour ce prince à la bataille de Badajoz, que les Espagnols p rdirent en 1644, après avoir été ambassadeur en France eu 1641 , et mourut en 1645 à Lisbonne. Ses frères, qui n'eurent point d'enfants, eurent de grands emplois en Espagne et en Portugal.
Le roi de Portugal étant mort, en 1656, après quinze ans depuis que la révolution l'avoit porté sur le trône, Louise de Guzman, sa femme, fille et sœur des ducs de Medina-Sidonia, dont l'esprit et le grand courage Tavoient porté dans cette élévation, fut rég ute de ses fils en bas âge et du royaume. Nuiio Alvarez, marquis de Ferreira, fils de François, dont je viens de parler, fut dans le premier crédit aiiprès d'elle, îlavoiteu la charge de son père de général de la cavalerie, et il fut fait duc de Gadaval, n'y ayant plus aucun autre duc dans Je royaume, et n'y [en] ayant point eu depuis. A ce titre furent attachés de grands honneurs et la charge héréditaire de grand maître de la maison du roi. Mais, en 1662, le roi don Alphonse, gouverné par Louis Yasconcellos Sousa, comte de Gastelmelhor, se retira à Alcantara au mois d'avril, d'où il manda à la reine sa mère qu'il voulait gouverner par lu -même et relégua en même temps le duc de Cadaval. La reine se retira dans un couvent près de Lisbonne, et y mourut en février 1666. En juin suivant, ce roi épousa la sœur de la mère du premier roi de Sardaigne, fille du duc de Nemours et d'une fille de César, duc de Vendôme, qui, lasse de ses folies et de la c'uauté qu'il faisoit paroître , forma un parti , l'accusa de foiblesse d'esprit et d'impuissance, se fit juridiquement déranrier (24 mars 1668), l'y fit consentir et abdiquer, et la même année, le 2 avril, c'est à-dire dix jours après la cassation de son mariage, elle rfnpela le duc de Cadaval, qui fut premier plénipotentiaire pour la paix avec l'Espagne, en 1667 et 16(;8, et ayant pratiqué avec la duchesse de Savoie, sa sœur, le mariage de sa fille unique avec le duc de Savoie, son fils, depuis premier roi de Sjirdaigne, pour être roi de Portugal après Pierre, ce fut le duc de Cadaval qui l'alla chercher à Nice avec la flotte qu'il commandoit pour l'amener en Portugal, où ce prince ne voulut jamais se laisser conduire ni achever ce mariage. C'étoit en 1680.
M. de Cadaval se retira de la cour bientôt après la mort de la reine et céda son titre et ses emplois à son fils aîné, qui mourut jeune. en 1700, sans enfants d'une bâtarde du roi don Pierre. Son frère lui succéda. Le père, qui survécut son aîné, avoit été marié trois fois : la première sans enfants, la deuxième à une Lorraine, fille et sœur des princes d'Harcourt, la troisième à une fille de M. le Grand. De la deuxième il n'eut qu'une fille, et de la troisième, ses autres tnfants ■ Nuno Alvarez , duc de Cadaval par la mort de son aîné , né en décembre 1679, a joint à ses autres emplois héréditaires ceux de conseiller d'État, de majordome-major de la reine, de président du desembargo ^ du palais, et de mestre de carao du palais et de l'Estrémadure. Il
4. Conseil de finances qui accordait provisoirement la jouissance tle çerlain.s revenus, en a'iendanl le brev(;i signé de la main du roi.
172 alencastro duc d'aveiro. [1701]
épousa la veuve de son frère , et . l'ayant perdue , s'est remarié, en 1738, à une fille du prince de Lambesc . c'est-à-dire du fils du frère de sa mère. Il y a en Portugal plusieurs branches masculinement et légitimement sorties des ducs de Bragance, qui n'ont aucune distinction particulière.
Achevons tout d'un temps les branches de Portugal établies en Espagne.
Jean II, roi de Portugal, étoit arrière-peîit-fils du roi Jean 1", qui, comme on l'a vu, étoit bâtard du roi Pierre 1", qui ne laissa point d'enfants mâles ni légitimes , et ce bâtard fut élu roi par les états généraux de Portugal à Coïmbre. Jean II étoit donc petit-fils du roi Edouard, duquel Alphonse, tige de la maison de Bragance, étoit bâtard, tellement que ce roi Jean II étoit cousin issu de germain par bâtardise de Ferdinand II , duc de Bragance . frère de don Alvarez , duquel sont sorties les branches de Cadaval et Veragua , et père de Denis , comte de Lémos, son puîné, de qui la branche de Lémos est sortie, et ce même Ferdinand, duc de Bragance, étoit bisaïeul de Jean I". duc de Bragance , duquel , par Edouard son puîné , la branche d'Oropesa est venue : lequel Jean I" , duc de Bragance , fut grand-père de l'autre Jean , duc de Bragance, que la révolution de Portugal mit sur le trône à la fin de 1640.
Ce Jean II , roi de Portugal , ne laissa qu'un bâtard nommé Georges. La couronne passa à Emmanuel . frère du cardinal Henri . qui succéda au roi don Sébastien , tué . sans enfants , en Afrique , duquel Emmanuel étoit bisaïeul: après la mort duquel Philippe II, roi d'Espagne, s'empara du Portugal. Emmanuel et ce cardinal étoient fils du duc de Viseu , frère d'Alphonse V, roi de Portugal, père du roi Jean II.
Georges, bâtard de ce roi Jean II. fut fait duc de Coïmbre par le roi Emmanuel pour sa vie , et pour sa postérité seigneur d'Aveiro , Torres- Nuevas et Montemor en 1500. Il épousa une fille d'Alvarez, tige des branches de Cadaval et Veragua , et prit pour sa postérité le nom d'Alencastro , c'est-à-dire de Lancastre, en mémoire de la reine Ph. de Lancastre, femme du roi Jean I" de Portugal, grand-père et gnmd'mère du roi Jean II, dont il étoit bâtard.
Jean d'Alencastro , fils du bâtard Georges . fut fait duc d'Aveiro par le même roi don Emmanuel en 1530. Son fils ne laissa qu'une fiUe qui épousa Alvarez, son cousin germain, fils du frère de son père. De ce ma riage plusieurs enfants, l'aîné desquels continua la suite des ducs d'Aveiro, et du puîné vinrent les ducs d'Abrantès. L'aîné des deu.\ ne laissa qu'un fils et une fille. Le fils mourut sans enfants en 1665, à trentehuit ans, s'étant jeté tout jeune dans le parti d'Espagne, et y passa, en 1661 , sous prétexte d'y demander le duché de Maqueda de l'héritage de sa mère. Il fut fait général de la flotte et grand d'Espagne. Sa sœur unique hérita de sa grandesse et du duché d'Aveiro , confisqué en Portugal, avec les autres biens qui y étoient, et de Maqueda et des biens situés en Espagne. Elle eut après ordre de sortir de Portugal , ^et vint en Espagne , où elle épousa Emmanuel-Ponce de Léon , duc d'Arcos , grand d'Espagne. Elle plaida contre le prince Pierre , régent et depuis
[1701] DUCHESSE d'aRCOS. 173
roi de Portugal , et contre le duc d'Abrantès pour les biens qui lui furent adjugés en 1679, à condition qu'elle iroit demeurer en Portugal. Elle n'en tint pas grand compte et demeura veuve eu 1693. C'éloil une personne très-vertueuse, mais très-haute, et fort rare pour son esprit et son érudition. Elle savoit parfaitement l'histoire sacrée et profane, le latin, le grec, l'hébreu et presque toutes les langues vivantes. Sa maison à Madrid étoit le rendez-vous journalier de tout ce qu'il y avoit de plus considérable en esprit, en savoir et en naissance, et c'étoit un tribunal qui usuvpoit une grande autorite, et avec lequel la cour, les ministres et les ministres étrangers même qui s'y rendoient assidus, se ménageoient soigneusement. M. d'Harcourt eut grande attention à être bien avec elle, et le roi d'Espagne la distingua fort en arrivant. Elle étoit mère des ducs d'Arcos et de Baûos. tous deux grands d'Espagne, dont j'aurai cette année même occasion de parler, et du voyage qu'ils firent en France. Ainsi la branche aînée d'Alencastro des ducs d'Aveiro s'éleignit dans les Ponce de Léon , ducs d'Arcos.
Alphonse . puîné d'Alvarez , duc d'Aveiro fils du bâtard Georges , eut de grands emplois et fut fait duc d'Abrantès et grand d'Espagne par Philippe IV. 11 se fit prêtre après la mort de sa femme , et il mourut en 1654. C'est le père du duc d'Abrantès qu'on a vu ci-devant, qui apprit si cruellement et si plaisamment à l'ambassadeur de l'empereur la disposition du testament de Charles II qu'on venoit d'ouvrir. C'est lui aussi qui perdit contre la duchesse d'Arcos , dont je viens de parler, ses prétentions sur les duchés d'Aveiro et de Torres-Nuevas. Il vécut jusqu'en 1720, fort considéré et ménagé par les ministres. Il avoit infiniment d'esprit, des saillies plaisantes , d'adresse et surtout de hardiesse et de hauteur, et se sut maintenir jusqu'à la fin dans la privance et dans l'amitié du roi. Il mourut à quatre-vingt-trois ans, et avoit épousé Jeanne de Noroiîa , fille du premier duc de Liiiarès , grand d'Espagne . dont elle eut la succession et la grandesse. Il en eut deux fils et plusieurs filles, et laissa un bâtard. Le fils [aîné] fut duc de Linarès et grand d'Espagne par la mort de sa mère . et mourut viceroi du Mexique du vivant de son père. Il fit un tour en France, où je le vis à la cour, avant d'aller au Mexique. Il ne laissa point d'enfants de Léonore de Silva, que j'ai vue à Bayonne camarera-mayor de la reine, veuve de Charles II. Le frère cadet de ce duc de Linarès étoit évêque lorsqu'il mourut. Il recueillit la grandesse , et , après la mort de son père, prit le nom de duc d'Abrantès et plus du tout celui d'évèque de Cuença, quoiqu'il le fût. J'aurai dans les suites occasion de parler de lui. Quelques années après la mort du père, son bâtard, par le crédit de sa famille , fut duc de Linarès et grand d'Espagne. Par ce détail ou voit que ces branches de Bragance ont toutes grandement figuré en Espagne , mais qu'elles y sont maintenant toutes éteintes.
Après avoir parlé du comte d'Oropesa, président du conseil de Castille , de son exil et à son occasion des quatre branches de la maison de Portugal , établies et finies en Espagne , et de celle de Cadaval , qui a pullulé en Portugal , il faut dire un mot du conseil de Ca^tille et de celui qui en est chef.
174 CONSEx», d' ARAGON. [1701]
L'Espagne est partagée tout entière entre ce conseil , de qui dépend tout ce qui est joint à la couronne de Castille, et le conseil d'Aragon, de qui dépend tout ce qui est joint à la couronne d'Aragon, Ce dernier avoit un bien plus grand pouvoir que celui de Castille, el sou chef, qui portoit le titre de grand justicier, et par corruption celui simplement de Justice [Justiza] , avoit une morgue et une autorité qui balançoit celle du roi. Il se tenoit à Saragosse, où le roi fut, peu après son arrivée à Mîidrid . recevoir les hommages de l'Aragon et prêter le serment accouLuraé d'en maintenir les immenses privilèges, après quoi le justicier lui prête serment au nom du royaume : en le prêtant il débute par ces mots : Nous qui valons autmit que vous . purs le serment fondé sur celui que le roi vient de prêter et qu'il y sera fidèle , et finit par ceuxci : sinon, non. Tellement qu'il ne laisse pas ignorer par les paroles mêmes du serment qu'il n'est que conditionnel. Je n'en dirai pas davantage parce que la révolte de l'Aragon et de la Catalogne en faveur de l'archiduc engagea Philippe 'V à la fin de la guerre d'abroger pour jamais tous les privilèges de l'Aragon et de la Catalogne qu'il a presque réduits à la condition de province de Castille.
Le conseil de Castille se tient à Madrid. Il est composé d'une vingtaine au plus de conseillers et d'un assez grand nombre de subalternes. Il n'y a qu'un seul président qui y doit être fort assidu et qui , pour le courant, lorsqu'il manque par maladie ou par quelque autre événement, est suppléé par le doyen, mais uniquement pour l'intérieur du conseil. Je n'en puis donner une idée plus approchante de ce qu'il est, suivant les nôtres, que d'un tribunal qui rassemble en lui seul le ressort, la connoissance et la juridiction qui sont ici partagées entre tous les parlements et les chambres des comptes du royaume , ces derniers pour les mouvances ', le grand conseil, et le conseil privé', c'est-à-dire celui où le chancelier de France préside aux conseillers d'État et aux maîtres des requêtes. C'est là où toutes les affaires domaniales et particulières sont portées en dernier ressort, où les érections et les graudesses sont enregistrées et où les édits et les déclarations sont publiés , les traités de paix , les dons , les grâces , en un mot où passe tout ce qui est public , et on juge tout ce qui est litigieux. Tout s'y rapporte , rien ne s'y plaide;
< . La mouvance désignait, dans le langage féodal , la suzeraineté d'un seigneur domiuanl sur ses vassaux. On disait dans ce sens qu'un fief avait beaucoup de terres dans sa mouvance.
2. Il a été question , dans la note II placée à la fin du !*' volume de ces Mémoires, des différents conseils que l'on appelait conseils du roi. Le conseil privé , dont parle ici Saint-Simon el auquel seul s'applique le dernier membre de phrase, est le même que le conseil des pailles que le chan'jelier présidait (voy. t. l"', p. 4 35). Le grand conseil était un tribunal particulier qu'on ne doit pas confondre avec le conseil d'État de l'ancieime monarchie. Les attributions du grand conseil élaienl très-diverses : il jugeait ia plupart des procès relatifs aux bénéfices ecclésiasliques, les causes évoquées des parlements, les conflits entre les parlements el les tribunaux inférieurs appelés présidiaux, etc. Le grand cons(nl fut institué par Charles VIII, en «497. Ce tribunal était primiliveimiu présidé par le chancelier; mais ii eut, «lans la suite, un premier président el plusieurs piésiJenls.