‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 129 sur 348 · 1701] CONSEIL DE CASTILLE · texte numérisé non relu

1701] CONSEIL DE CASTILLE

avec tout ce pouvoir, ce conseil ne rend que des seuLences, Il vient une fois la semaine dans une pièce tout au bout en entrant dans l'appartement du roi à jour et heure fixée le matin. Il est en corps, et il est reçu et conduit au bas de l'escalier du palais par le majordome de semaine : dans cette pièce le fauteuil du roi est sous un dais sur une estrade et un tapis. Vis-à-vis et aux deux côtés trois bancs de bois nu où se place le conseil. Le président a la première place à droite le plus près du roi, et à côté du président celui qui ce jour-là est chargé de rapporter les sentences de la semaine quoique rendues au conseil au rapport de différents conseillers. Ce rapporteur est nommé pour chaque affaire par le président . comme ici dans nos tribunaux , qui nomme aussi, tantôt l'un, tantôt l'autre, pour rapporter les sentences de la semaine au roi. Le conseil placé, le roi arrive : sa cour et son capitaine des gardes même s'arrêtent à la porte en dehors de celte pièce. Dès que le roi y entre, tout le conseil se met à genoux, chacun devant sa place. Le roi s'assied dans son fauteuil et se couvre , et tout de suite ordonne au conseil de se le\er, de s'asseoir et de se couvrir. Alors la porte se ferme, et le roi demeure seul avec ce conseil , dont le président n'est distingué en rien pour cette cérémonie. Les sentences de la semaine sont là rapportées : le nom des parties, leurs prétentions, leurs raisons respectives et principales , et les motifs du jugement. Tout cela le plus courtement qu'il se peut, mais sans rien oublier d'important. Tout se rapporte de suite, après quoi le président et le rapporteur présentent au roi cliaque sentence l'une .iprès l'autre qui la signe avec un parafe pour avoi- plus tôt fait, et de ce moment ces sentences deviennent des arrêts. Si le roi trouve quelque chose à dire à quelque sentence, et que l'explication qu'on lui en donne ne le satisfasse pas, il la laisse à un nouvel examen ou il la garde pardevers lui. Tout étant fini , et cela dure une heure et souvent davantage, le roi se lève, le conseil se met à genoux jusqu'à ce qu'il ait passé la porte, et s'en va comme il est venu, excepté 1g président seul, qui, au lieu de se mettre à genoux, suit le roi qui trouve sa cour dans une pièce voisine, y en ayant une vide entre-deux, et avec ce cortège passe une partie de son appartement : dans une des pièces vers la moitié , il trouve un fauteuil , une table à côté , et vis-àvis du fauteuil un tabouret. Là le roi s'arrête , sa cour continue de passer, puis les portes d'entrée et de sortie se ferment, et le roi dans son fauteuil reste seul avec le président assis sur ce tabouret; là il revoit les sentences qu'il a retenues et les signe si bon lui semble, ou il les garde pour les faire examiner par qui il lui plaît , et le président lui rend un compte sommaire du grand détail public et particulier dont il est chargé. Cela dure moins d'une heure. Le roi ouvre lui-même la porte pour retrouver sa cour qui l'attend et s'en aller chez lui , et le président retourne par l'autre par où il est entré, trouve un majordome qui l'accompagne à son carrosse et s'en va chez lui. Ce- sentences retenues, ceux à qui le roi les renvoie lui en rendent compte avec leur avis. Il les envoie au président de Castille , et finalement l'arrêt se rend comme le roi le veut. On voit par là qu'il est parfaitement absolu en toute affaire publique et p'.rticuiière, et que les rois d'Espagne ont retenu l'effet.

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