PRÉSIDENT DU CONSEIL DE CASTILLE
appartement , par grandeur . qui d'ailleurs est superbement meublé. Lis sien , qui est pareil aux deux autres, est toujours caché et ne se tire quo pour lui ; les deux autres sont toujours en évidence , l'un pour le majordome-major, l'autre pour le sommelier du corps ou grand chambellan. En leur absence, le gentilhomme de la chambre de jour s'assoit sur l'un, et quelque vieux grand d'Espagne sur l'autre, mais il faut que ce soit un homme incommodé et qui ait passé par les premiers emplois. Nul autre , ni grand d'Espagne ni vieux, n'oseroit le faire. J'ai pourtant vu lestroie sièges remplis et eu apporter un quatrième au prince de Santo-Burnu Caraccioli , et une autre fois au marquis de Bedmar, tous deux alors grands d'Espagne, tous deux conseillers d'État, et tous deux ayant été dans les premiers emplois, et le dernier y étant encore. G'étoit pendant mon ambassade en Espagne , mais je ne l'ai vu faire que pour ces deuxlà dont le premier ne se pouvoit soutenir sur ses jambes percluses de goutte , et l'autre fort goutteux aussi.
Le président du conseil de Castille ne peut être qu'un grand d'Espagne , et ne peut être destitué que pour crime qui emporte peine de mort. Mais contre une telle puissance on a le même remède dont on se sert en France contre le chancelier : on exile le président de Castille à volonté et sans être obligé de dire pourquoi, et on crée un gouverneur du conseil de Castille, qui on veut, pourvu qu'il ne soit pas grand d'Espagne. Ce gouverneur a toutes les fonctions , l'autorité et le rang entier du président et le supplée en tout et partout. Mais cette grande place, bien supérieure à notre garde des sceaux , a le même revers à craindre et pis encore que lui ; car il peut être destitué à volonté et sans dire pourquoi, même sans l'exiler ; il perd tout son crédit et toute sa puissance, il n'est et ne peut plus rien, et toutefois il conserve son rang en entier pendant sa vie, qui n'est bon qu'à l'empoisonner, puisqu'il ne peut faire aucune visite, et à le réduire en solitude, parce que personne n'a plus d'affaire à lui, et ne prend la peine de l'aller voir pour n'en recevoir ni réception , ni la main , ni conduite. Plusieurs en sont morts d'ennui. Lorsque le président de Castille vient à mourir, il est au choix du roi de faire un autre président ou un gouverneur. Depuis la mort du comte d'Oropesa le roi d'Espagne n'a mis que des gouverneurs ; il en est de même des autres conseils dont le président ne peut être ôté , et floit toujours être grand , au lieu duquel on peut mettre un gouverneur: mais comme ces présidents n'ont de rang que celui de grands, parce qu'ils le sont, et que leur autorité n'est rien quoique les places en soient fort belles, très-rarement y met-on des gouverneurs.
On appelle en Espagne conseillers d'État précisément ce que nous connoissons ici sous le nom de ministres d'État, et c'est là le but auquel les pius grands seigneurs, les plus distingués, et qui ont passé par les plus grands emplois, tendent oe toutes leurs brigues. Ils ont l'Excellence, et passent immédiatement après les grands quand ils ne le sont point. 11 y en a fort peu; ils ont une seule distinction que les grands n'ont pas, qui est de pouvoir, comme les grandes dames, aller par la ville en chaises à porteurs entourés de leur livrée à pied, suivis de leur carrosse *vec leurs gentilshommes dedans, et de monter en chaise le degré du Saint-Simon xi. 42